A quoi sert la psychanalyse ?

Quand l’inventeur de La science des rêves installe sa technique au cœur du monde occidental, il l’implante dans le champ médical. Freud se met à guérir certains symptômes jusque-là incurables.

Garanti, promis, juré : inhibitions, conversions hystériques, doutes, angoisses, phobies s’envoleront grâce à la nouvelle science, la métapsychologie qui sera à la psychologie ce que, depuis Aristote, la métaphysique est à la physique.

Si l’argument de vente thérapeutique a été longtemps recevable, l’arrivée de la pharmacopée moderne dans un monde demandeur de guérison immédiate renvoie la technique freudienne au musée des antiquités. Une angoisse ? Un anxiolytique vous rend instantanément zen. Une insomnie ? Un somnifère vous plonge dans les bras de Morphée. Une panne de désir ? Une petite pilule vous raffermit l’objet de désolation. Sans compter les nouvelles techniques comportementalistes qui transforment un vertigineux en funambule, un grand douteux en petit péremptoire, les affligés de tocs(1) en porteurs de tics.

 

On le voit, affirmer que la psychanalyse est du côté du mieux-être est pour le moins risqué. Je pense que cette affirmation, proférée par la communauté analytique, est suicidaire dans l’environnement normatif et concurrentiel que nous connaissons dans le champ de la santé.

 

Comment sortir de l’idéalité du bien, de cette mystique du mieux-être qui englue discours commun et discours analytique ? Pourquoi faire une analyse ? Pour aller mieux, n’est-ce pas ? Qui pourrait soutenir le contraire ? Certes, mais à condition de préciser : les symptômes que la psychanalyse est susceptible de déplacer ou d’effacer ne sont plus les signes qui permettaient de concurrencer une médecine hier impuissante. Cette période est définitivement révolue.

 

Il est nécessaire de poser, en effet, que les symptômes en jeu dans la cure analytique, même s’ils accompagnent l’analysant dans sa vie quotidienne depuis belle lurette, sont méconnus du sujet. Ils se dévoilent à lui au moment précis où ils lâchent leur étreinte. Non seulement la psychanalyse révèle des symptômes ignorés de soi, mais elle en apporte parfois de nouveaux, plus ou moins spectaculaires qui produiront des accélérations inattendues dans la cure.

 

Bref, la psychanalyse doit se repositionner dans le champ de la guérison en précisant qu’elle permet au sujet de trouver les chemins de liberté qui lui étaient jusqu’à présent barrés.

 

Paris, le 7 octobre 2005

 

(1) T.O.C. : Troubles obsessionnels compulsifs décrits par les classifications psychiatriques d’inspiration américaine.