«C’est donner beaucoup trop d’importance à un blog que de dire qu’il pourrait être à l’origine d’un suicide» [ M Stora]

Deux adolescentes se sont défenestrées à Ajaccio. "Les parents d’élève mettent en cause le rôle d’Internet et des blogs" annonce Claire Chazal au début du journal de 20 h de TF1. Michael Stora s’entretient avec Alice Antheaume pour 20Minutes.fr ( 26-05-2007)

Les adolescents ont-ils changé depuis la création d’espaces virtuels, comme les blogs et les messageries instantanées?

Faisons attention. Les adolescents n’ont pas du tout changé depuis la création de ces espaces virtuels. Toutes ces nouvelles technologies ne font que révéler des problématiques qui ont toujours existé. Si le malaise des ados s’accroît, cela n’a rien à voir avec les nouvelles technologies, mais c’est plutôt dû, entre autres pistes, à une nouvelle forme de parentalité.

Qu’entendez-vous par «nouvelle forme de parentalité»?

Aujourd’hui, certains parents sont plus fragiles, moins disponibles pour leurs enfants. Dans le même temps, en pédopsychiatrie, on observe qu’il y a moins de crises d’adolescence, ces périodes qui se caractérisent par un clash avec la figure parentale. S’il y a une diminution de ces crises, c’est parce que les ados ne frappent pas quelqu’un qui est déjà à terre, ce quelqu’un étant le parent fragilisé. Le passage à l’acte (suicide ou autres formes de détérioration du corps) peut survenir quand il y a impossibilité d’avoir ce clash.

Les blogs favorisent-ils la rupture du dialogue entre les adolescents et les parents?

En général, les ados ont plusieurs blogs. L’un dont ils ont donné l’adresse à leurs parents, sur lequel ils racontent des choses qu’ils n’arrivent pas à leur dire, comme s’il avait laissé leur carnet intime sur la table de la cuisine. Et d’autres plus personnels, où ils disent davantage de bêtises, parlent de sexualité, et dont ils n’ont pas donné l’adresse à leurs parents. Parfois, ces blogs sont des appels à l’aide. Quand un ado fait une annonce de suicide sur son blog et, pire qu’il passe à l’acte, il y a là une dimension spectaculaire, une mise en scène, un besoin désespéré d’être reconnu dans son suicide, d’exister dans le regard des autres. A la limite – et c’est terrible, ces adolescents espèrent qu’on parlera de leur suicide dans les journaux.

Que pensez-vous de la façon qu’ont les médias de pointer du doigt les blogs?

Les médias sont trop alarmistes. Ils vont mettre en avant un fautif car il y a quelque chose d’inacceptable dans la mort d’un adolescent. Les nouvelles technologies sont les accusées toutes trouvées. Mais c’est donner beaucoup trop d’importance à un blog que de dire qu’il pourrait être à l’origine d’un suicide.

Les parents sont inquiets suite à cette affaire d’adolescentes suicidaires à Ajaccio. Quels conseils pourriez-vous leur donner?

Il faut s’alarmer du bien-être de son enfant et non pas des blogs. Les parents sont là pour repérer ce qui ne va pas chez leurs ados. Quand on est vraiment un grand dépressif, il est impossible de jouer la comédie. Souvent, le malaise se traduit par le fait que l’adolescent ne vient plus manger, qu’il est d’une humeur massacrante. Dans ce cas, il faut prendre le temps de parler avec lui, de faire des activités avec lui, bref, de reprendre le dialogue.

Michael Stora, psychanalyste pour enfants et adolescents, travaille depuis un mois comme consultant pour Skyrock, afin de repérer et prévenir les appels à l’aide diffusés sur les blogs d’adolescents.