Conférence « Psychanalyse et climat social »

 
 
 
 
Samedi 14 octobre à 14h
Théâtre-Poème
30 rue d’Écosse
1060 Bruxelles
Tél. : 02 538 63 58

A l’initiative de Squiggle, Madame Gilda Sabsay Foks (psychanalyste à Buenos-Aires) sera présente pour un entretien autour de la question "Psychanalyse et climat social"

 

Argument 

Gilda Sabsay Foks est psychanalyste à Buenos-Aires depuis plus de 40 ans. Elle a donc connu l’Argentine Péroniste, la plongée dans les années noires de la dictature et les difficiles retrouvailles avec la démocratie sur fond de crise économique.

S’interroger avec elle sur l’influence du climat social sur la psychanalyse, c’est faire l’hypothèse que nous pouvons réfléchir à notre position grâce à l’éclairage « en creux » de l’exercice de la psychanalyse sous le totalitarisme.

Avec Victor Klemperer, nous savons à quel point le climat social peut tordre la langue et inscrire le faux au cœur des relations quotidiennes. Avec Charlotte Beradt (Rêver sous le IIIe Reich), nous voyons comment le climat social imprègne le psychisme, nous pouvons également réfléchir à la banalité de la servitude ordinaire et acceptée.

Dans l’Allemagne nazie, l’exercice de la psychanalyse n’a pas été possible. Le poids du refoulement, (du traumatisme), peut notamment se mesurer à l’aulne des tardives déclarations de G Grass ou des livres publiés aujourd’hui dans lesquels enfants ou petits enfants de nazis revisitent leur généalogie (U. Scheub, K Himmler, W Bruhns)

En Argentine, l’exercice de la psychanalyse s’est poursuivi alors même que des policiers surveillaient la porte de l’association psychanalytique. En outre, cette situation a donné lieu à une intense réflexion entre les analystes argentins (en français, on peut notamment lire Violence d’État et psychanalyse – Dunod).

Voilà pourquoi le témoignage de Gilda Sabsay Foks me paraît important.

Certes, nos sociétés occidentales sont éloignées de la terreur, de la torture, des assassinats. Il serait néanmoins angélique de ne pas percevoir la violence feutrée, la pression du pouvoir économique, la falsification de la langue, l’exposition de l’intimité, l’enfermement dans la jouissance consommatrice…

Depuis plusieurs années des analystes ont monté qu’il était scandaleux de déclarer que l’analyse pourrait se dérouler de manière similaire « sous Allende ou Pinochet ». Et pourtant l’effort, à contre-courant, pour ramener sans cesse la barque de la parole vers le plus intime, vers l’intrapsychique, est en soit acte de résistance à l’égard des convenances ou contraintes du socius. Comment l’exercice de cette exigence peut-elle se maintenir en étant à la fois à l’écoute du bruit du monde et s’en tenant résolument à l’écart ?

Il n’est pas question de prétendre que nous serions à une époque particulièrement dangereuses, il est seulement question de maintenir une vigilance à la manière dont le développement culturel de la foule et celui propre à l’individu, « régulièrement collés l’un à l’autre » (Freud, Malaise, p85), marquent le psychisme de nos analysants et le nôtre, membres que nous sommes également ce même corps social

V.M.