En quoi la formation universitaire à la psychologie ne peut elle se réclamer d’une formation psychanalytique et de la technique du transfert ?

Pour répondre à la question ci-dessus, tentons de définir les trois items.

1. La formation universitaire à la psychologie comporte durant les premières années des enseignements obligatoires en neurophysiologie, en statistiques, en anglais, en psychologie sociale, du développement, clinique, pathologique, cognitive et en législation de l’internement psychiatrique, ainsi que des stages en institutions. Certains enseignements, optionnels, sont à choisir parmi des listes. Par exemple, les techniques projectives (Rorchach, TAT), le conditionnement et l’apprentissage, etc.. Le tout est évalué et noté par les enseignants.

Le passage en quatrième et cinquième années pour la nécessaire obtention d’un Master 2, puis du titre de psychologue, est conditionné – nombre de places limité oblige – par… le point de vue d’enseignants de cinquième année, sur des critères qui voici 10 ans, tenaient à des considérations souvent des plus subjectives (voir « Les 7 pêchés capitaux des universitaires » de Bernard Maris, Editions Albin Michel). On se trouve donc là avec l’enseignement d’un certain savoir, dispensé par des personnes ayant le pouvoir d’évaluer votre travail universitaire et dont les enjeux personnels sont des plus divers. C’est la formation universitaire à la psychologie. J’y ai certes rencontré des professeurs (psychanalystes) épatants (Baustimler, Cacho, Douville, Maleval, Perrin ou Sauvagnat) à raison d’une à quelques dizaines d’heures par an, mais sur les centaines à milliers d’heures au total d’enseignement universitaire amenant au titre de psychologue, cela ne fait pas beaucoup en termes de textes psychanalytiques, de clinique et de psychopathologie, et cela forme finalement à bien peu.

2. La formation psychanalytique implique, selon les « écoles »,

  • ·de faire une psychanalyse de plusieurs années à raison de plusieurs séances hebdomadaires (certaines écoles disent 3 séances au minimum, d’une ½ heure à une heure),
  • ·de faire superviser par un ou des analystes « seniors » le travail du nouvel analyste avec ses premiers analysants (certaines écoles écrivent que ceux-ci doivent être des adultes névrosés. Bon)
  • ·et de participer activement à des enseignements dispensés par l’école.

Puis il peut y avoir une validation de cette formation, par des membres de l’école, validation qui ne fait pas diplôme.

L’on peut aussi participer à des séminaires thématiques et à des ateliers d’analyse de pratique où chaque mois, des analystes du groupe viennent parler d’une analyse avec telle personne. L’on peut enfin intégrer un « cartel », petit groupe de travail sur tel point précis.

3. Ce que l’on pourrait nommer (technique du) transfert, c’est quand l’analysant reconnaît et « utilise » ce que dans la cure, en présence de l’analyste, il dit, éprouve et produit ou reproduit, et que cette re-co-nnaissance produit quelque effet sur lui, sur son aliénation, c’est à dire sur le sentiment d’étrangeté ou de familier-inquiétant par rapport à lui-même, et qui l’a mené chez l’analyste. Transfert qui ne (se) point(e) pas seulement dans le cadre de la cure analytique : dans l’entreprise, le salarié face à tel collègue, tel hiérarchique, au sein de tel groupe, revit inconsciemment ses relations souvent ambivalentes à père, mère, oncle, fratrie, etc. Dans la cour de l’école, le gamin qui fait un croche-pied à l’autre enfant fait parfois ce qu’à la maison, il ne s’autorise ni à faire, ni à penser. Le transfert dans la cure, c’est par exemple quand je n’ai hier soir consciemment rien fait pour qu’une analysante me dise « Ah mais vous êtes vraiment comme ma mère, vous » ou quand l’heure précédente, une personne trouvant à se reposer sur mon divan, dit soudain le manque qu’elle éprouve d’être prise dans les bras de quelqu’un qui fasse père, et que c’est la situation analytique et notamment la façon dont elle me vit à ce moment précis, qui lui fait enfin cesser d’être dans un certain déni par rapport à ce père qui partit du jour au lendemain.

Mais le transfert, c’est aussi – voire surtout – quand l’analyste, aux prises avec tel analysant et (parfois) avec les rejetons de l’inconscient de celui-ci, se trouve lui-même « affecté » de quelque façon par le travail de l’analysant (l’article d’Hélène Brunschwig sur transfert et contre-transfert est sur le sujet très intéressant (1)). Si l’analyste doit en effet contribuer à ce que son client repère ce qui dans la cure, advient ou vient que l’on n’attendait pas, il doit d’emblée interroger ses certitudes, ses savoirs, l’intérêt de son expérience, ses moments de surdité, ses points aveugles et les incidences – ces questions auxquelles échappent tant les réponses – de ses propres impasses sur les difficultés que rencontrent ses clients à se rencontrer. Se demander « qu’est-ce qui m’amène ? », qu’est-ce donc qui se transfert dans mon désir d’être psychanalyste, lorsque que je demande au nouveau venu « qu’est-ce qui vous amène ? ».

La « technique » du transfert, ce serait utiliser celui-ci pour contribuer à ce que l’analysant se délie de ses « oripeaux ».

 

Où il me semble que transmission/formation à la psychanalyse, transfert/contre transfert et « enseignement universitaire de la psychologie » ont peu de traits communs mais peuvent se compléter.

Enghien-les-Bains, France, le 9 octobre 2007

(1) Hélène Brunschwig – Transfert et contre-transfert, deux leviers solidaires et puissants du travail analytique –in Imaginaire & Inconscient – L’Esprit du temps – Les transferts – no 2 –2001/2 – disponible gratuitement sur www.cairn.info