Être psychanalyste dans un hôpital, est-ce possible?

En pratiquant ni le simplisme, ni l’obscurantisme, la clinique psychanalytique, qu’est que c’est ?

Je parlerai au départ du lieu de ma pratique professionnelle : une unité d’hospitalisation psychiatrique qui accueille les expressions diverses et multiples de la psychopathologie d’aujourd’hui (dépressions sévères, accès psychotiques, assuétudes, etc.).

Travailler « psychanalytiquement » avec les patients, ce n’est pas à la hâte de trouver un divan dans l’hôpital ou d’énoncer doctement des causalités simplistes sur l’origine infantile des symptômes.  C’est bien plutôt de tenter de tirer profit de ce moment de retrait que constitue l’hospitalisation pour mettre au travail le patient sur la production symptomatique dans laquelle il s’est fourvoyé.

 

Attardons-nous quelque peu sur cette dernière proposition.

 

Mettre au travail : il s’agit en effet d’un travail, psychique, qui peut-être éprouvant, pour le patient que de s’appliquer à fournir une représentation de ce qui le met à mal, représentation qui pour lui fait sens dans son histoire et qui en en lien avec son existence.  Il s’agit aussi d’un travail psychique, du côté du clinicien, que de soutenir cet effort de représentation du patient sans injecter ses propres représentations pour laisser le plus largement possible le champ ouvert.  Toutefois, il importe à certains moments quant la représentation du côté patient fait défaut d’en inspirer l’une ou l’autre, en nuance et en pondération.  Ce travail d’écoute, d’attention et d’intervention mesurée, aussi simple qu’on peut le dire, exige en réalité une solide formation et une constante réflexion sur sa propre implication.

 

Tirer profit du moment de retrait : le profit dont il est question est bien entendu un profit de connaissance, de discernement de soi.  Profit non mesurable bien sûr en terme économique.  Connaissance ou discernement qui peuvent relancer l’activité de pensée chez le patient car des ponts ou des liaisons ont été, provisoirement, insuffisamment, peut-être médiocrement, érigés entre la production symptomatique et les avatars de son existence.  Le profit, c’est donc ce travail de construction psychique, travail provisoire, fragmentaire, et dont le patient s’il le souhaite saisira l’occasion de le poursuivre.

 

La production symptomatique : le symptôme, pour le clinicien guidé par la psychanalyse, n’est jamais une production ex-nihilo ou un pur accident.  Il est une production positive du patient, quand bien même il le fait souffrir, qui comporte déjà comme une sorte de première issue à son égarement.  Par conséquent,  il s’agira pour le clinicien, en tempérant le désir de guérison propre au soignant qu’il est, d’interroger cette production plutôt que de vouloir la réduire, l’annuler ou de compatir avec le patient.  Cette attitude, ferme mais respectueuse, à distance du symptôme, ouvre un espace pour commencer à le penser.

 

En conclusion, on le voit, et il faut être radical sur ce point, le résultat de cette pratique psychanalytique en hôpital en terme d’efficacité relève forcément d’une logique qui a une double caractéristique : elle est singulière, au cas par cas, à l’antipode de toute comptabilité statistique et elle discrète, sans artifice, ni tapage.  Cette pratique peut parfaitement coexister aux côtés d’autres pratiques (pharmacothérapie, thérapie systémique et autres) pourvu que cette coexistence se soutienne d’un dialogue et non pas d’une soumission.
Bruxelles, le 19 septembre 2005.