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Conversations psychanalytiques | Ignacio Garate-Martinez Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
30-11-2008
 Conversations psychanalytiques de Ignacio Garate-Martinez (Editions Hermann)

Loin d’être hermétique, la frontière entre « écrivain et psychanalyste », ainsi que se définit l’auteur, regorge de multiples passages clandestins. Celui, par exemple, qui ouvre un chemin entre « conversation » et conversion - analytique s’entend - se donne juste la peine de modifier un signifiant de la lettre. De conversation à conversion, il n’y a, si l’on ose dire, qu’un pas de « ça » à franchir ! Il en va ainsi de ces « conversations psychanalytiques » proposées par Igniacio Garate-Martinez, survenues entre 1982 et 2003 et qui semblent « tracer » l’empreinte de son propre passage des « années d’apprentissage au « bord de la maturité » de sa pratique analytique. Et lorsque l’on trouve parmi ses « sept interlocuteurs », des figures aussi historiques de la psychanalyse que celles d’Octave et de Maud Mannoni, Michel de Certeau, Xavier Audouard, Joël Dor ou Ginette Michaud, le sentier vicinal devient une allée royale. Et si, malgré toutes ces alléchantes mentions, le lecteur hésitait encore, la puissance poétique du style, la profondeur de l’échange, l’authenticité du propos dès les premières pages de cet ouvrage récemment paru chez « Hermann Psychanalyse », achèveraient de le convaincre de s’engouffrer dans le monde de l’intériorité analytique et de la réflexion sur le sens d’un parcours. Une réflexion toujours bornée par la dimension humaine.

On saura donc gré à l’auteur d’avoir rendu publics ces entretiens, non seulement en raison de leur valeur « transitionnelle » dans la vie et le parcours de celui qui les a réalisés mais également pour tous ceux et celles qui questionnent la psychanalyse. Ils seront ravis par cette série de témoignages inédits, vifs éclairages aussi philosophiques que pratiques, paroles parfois décapantes, silences entendus et rires complices entre celui qui interroge et celui ou celle qui répond. De ce flux abondant, on retiendra notamment les propos tenus par Xavier Audouard : sa merveilleuse histoire sur l’absence maternelle et sa découverte des planètes, si révélatrice, selon lui, de l’apport de « sa propre analyse », au point d’alimenter ses « doutes » sur les formations didactiques. En plein débat d’actualité sur le « métier et la formation des psychothérapeutes », son sentiment sur la différence entre psychanalyse et psychothérapie mérite d’être cité : pour celui qui est analyste, précise-t-il, cette différence devient « arbitraire » car c’est « le patient qui choisit l’une ou l’autre attitude et le rôle du psychanalyste est de repérer dans ce choix une structure de défense ». Pour Octave Mannoni, également interviewé par l’auteur sur ce sujet, il y a alternance irrégulière et imprévue entre les deux au cours d’une cure, en fonction de « l’intérêt porté au transfert…mais qui est toujours là ». Une actualité que l’entretien avec Joël Dor, pourtant réalisé au printemps 1987, ravive sur le soi-disant « écroulement de la psychanalyse » : celui-ci ne correspond en fait qu’au retour de la psychanalyse « dans son champ propre » après une « période d’impérialisme ». Une « position » d’extraterritorialité par rapport aux différents champs de la connaissance qui lui « permettra encore mieux d’avancer ». Evidemment, on se précipitera sur l’entretien avec Maud Mannoni qui occupait, selon Ignacio Garate-Martinez, « une position tierce entre l’élaboration théorique de Jacques Lacan et le flux clinique de Françoise Dolto » et dont le testament spirituel visait à recommander une « formation des jeunes analystes qui échappe aux négociations de personnes et aux querelles de clans ». Celle qui « s’ennuyait dans les congrès » de psychanalyse en vient ainsi à « élucider » les différences de pratique entre les deux rives de l’atlantique : « Freud était bavard avec les Américains qui l’intéressaient » ce qui a conduit à développer des psychanalystes qui ne se prenaient pas pour la « statue du commandeur », explique « Madame Mannoni » à l’auteur. Avant de préciser qu’il « s’emmerdait avec les Anglais » avec, pour conséquence, la création d’une école « complètement mutique » à part quelques distinctions comme Mélanie Klein et sa technique de « surinterprétation ». On aimera aussi sa formule sur ceux analysés par le « Lacan » dans sa dernière période : « ils n’en ont souvent gardé que les tics » - les Lacaniens entendront sans doute cette sentence autrement ! - ajoutant toutefois que Lacan était aussi capable d’accompagner en taxi un de ses patients en crise grave jusqu’à l’hôpital. Une autre époque sans doute.

Alors que la psychiatrie est à nouveau confrontée aux problématiques de l’internement, il convient également de lire cette magnifique « Histoire de Paulina Luz, héroïne du silence » publiée par Ignacio Garate-Martinez dans la collection « Encre marine » aux Editions « Les Belles Lettres ».

Nice, le 27 novembre 2008
Jean-Luc Vannier

 
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