L’Inconscient dans la famille | Jean-Georges Lemaire

Jean-Georges Lemaire, « L’inconscient dans la famille », Coll. « Inconscient et culture », Editions Dunod, 2007, 230 p., 26 euros.

Toute psychanalyse individuelle fait intervenir à un moment ou un autre, l’histoire des relations inconscientes avec les autres membres, proches ou éloignés, de la famille du patient. Place interdite ou déjà occupée dans une fratrie encombrée ou recomposée, ambiance incestueuse des rapports pervers de filiation ou, plus simplement, enfant symptôme du couple qui se déchire. L’idée de formaliser, dans un processus thérapeutique, cette prise en compte de la dimension familiale constituerait en quelque sorte la conjonction entre les cures d’adultes et celles des enfants menées, dès l’époque de Freud, par sa fille Anna et par Mélanie Klein. Pour les auteurs de « L’inconscient dans la famille », publié récemment aux Editions Dunod, c’est le texte de Freud sur le « Petit Hans » qui porte le « modèle », « très atypique » selon eux, de la thérapie familiale.

Jean-Georges Lemaire, « L’inconscient dans la famille », Coll. « Inconscient et culture », Editions Dunod, 2007, 230 p., 26 euros.A l’accoutumée, tout part de la clinique. Jean-Georges Lemaire et son équipe constatent l’insuffisance de « l’alliance thérapeutique » traditionnelle, cet accord tacite ou explicite passé entre l’analyste et le patient, trop souvent torpillé par l’entourage familial. Tout en jurant le contraire, ce dernier redoute les conséquences du travail analytique susceptible de perturber les lois inconscientes – et pathologiques – qui régissent la structure psychique du groupe tout entier. Sans renier les composantes essentielles de l’analyse, y compris sa dimension fondamentale du transfert, l’auteur pose même l’hypothèse, parallèlement à la théorie freudienne du narcissisme originel, d’un « nous narcissique initial », son correspondant au niveau familial.

Ainsi adapté, c’est le processus groupal inconscient qui devient « l’objet de l’analyse » et c’est sur lui que doivent « s’orienter les interventions à destin interprétatif ».  Il ne s’agit évidemment pas, pour les auteurs, d’analyses juxtaposées, réalisées côte à côte et qui manqueraient justement le principal : cette capacité à éclaircir l’enchevêtrement des « plaintes contradictoires émises par des voix différentes ».  Etayé sur les travaux de Winnicott, le lien « mère-bébé » devient dans la thérapie familiale, le « prototype » du lien individu-groupe », au départ indifférencié et archaïque mais dont les traces ultérieures se manifesteront dans le symptôme et donc, dans la cure. Cette approche permet aux auteurs de puiser abondamment dans le modèle théorique de la « crypte » élaboré par Maria Torok et Nicolas Abraham. Loin de s’enfermer dans une nouvelle métapsychologie, dont ils affirment d’ailleurs qu’elle ne rompt en rien avec celle de Freud, Jean-Georges Lemaire et ses collaborateurs soumettent au lecteur, profane comme initié, une large série de vignettes cliniques, destinées à éclairer, du cadre à l’interprétation en passant par les dynamiques tranféro- et contre-transférentielles, l’ensemble de leur dispositif thérapeutique. Celles-ci illustrent le « riche » polymorphisme des verrouillages, « censures », « idéologies » et autres ratages d’un « inconscient familial » dont les multiples mécanismes de défense s’efforcent de contrer l’intrusion du psychanalyste et celle de ses « co-thérapeutes ».

Avec une pointe d’étonnement pour se prétendre « freudien orthodoxe » jusqu’au bout, on notera au chapitre IV, cette incursion toute jungienne sur le rôle du mythe et sur sa place dans la transmission fantasmatique familiale. Plus marquant, on se félicitera du dernier développement de l’ouvrage sur les « approches à domicile en psychiatrie du nourrisson », sorte de « praticable » analytique recréé in situ dans des circonstances où l’analyste doit probablement lutter de toutes ses forces pour ne pas être emporté par le torrent du « réel ». Un « réel » dont les auteurs ne cherchent nullement à dissimuler qu’il s’immisce violemment dans la cure familiale au point d’en constituer un élément essentiel, sinon de rupture avec l’analyse traditionnelle.

Sommaire : Avant-Propos (Lemaire). Problèmes contemporains et formation en thérapie familiale psychanalytique (Lemaire). La thérapie familiale psychanalytique: questions techniques (Robert). Le mythe familial: entre mémoire, oubli et métamorphose (Djenati). Censure, idéologie, transmission et liens familiaux (Aubertel). Péril en la demeure (Lamour, Barraco-De Pinto).

Bibliographie. Index.
 
Public : Psychanalystes, psychologues cliniciens