Mon psychanalyste veut-il mon bien ?

J’ai rencontré la question sous des formulations diverses au cours de séances de psychanalyses. Avec pertinence. Les analysants ont bien des motifs de se poser cette question. Au mot bien est attaché des connotations différentes : le bien-être, l’argent, l’amour, … L’analyste me veut-il quelque chose, que me veut-il, veut-il mon argent, veut-il mon amour, me veut-il sexuellement, veut-il mon bien-être et pourquoi alors ? Entre autres. Ces questions concernent le désir et la jouissance de l’autre.

Quelques éléments de réponse…

La psychanalyse s’invente. Elle se vit.

Il ne me semble pas inutile de repréciser certaines règles de la psychanalyse qui concernent explicitement l’analysant. La règle principale : la libre parole, la libre association ; dire ce qui vient comme ça vient. Des règles cadres : le lieu, l’horaire, la fréquence des séances, les séances manquées, les honoraires. Face à face ou divan relève du cas par cas.

Par ailleurs qu’est-il attendu, entre autres et diversement, du psychanalyste : qu’il en sache quelque chose ; qu’il ait fait une analyse personnelle, qu’il ait été ou soit en supervision, qu’il travaille avec d’autres dans une Association, Ecole ou Société psychanalytique ; qu’il ne déroge pas à l’éthique et aux règles de la psychanalyse et qu’il soit un pas en avant dans le travail mené.

L’analysant peut tout dire. Il peut tout interroger. Y compris, notez !, ce qu’il entend de ce qu’il dit. Et, si je ne dis rien à propos de moi-même, comme tout analyste, c’est, entre autres, que l’analysant est déjà bien assez encombré avec ses affaires et ne vient pas pour autre chose que ses propres affaires. Il vient pour soi-même.

Le psychanalyste tient la place de sujet supposé savoir, assure le transfert et son maintien et la direction de la cure. Ce qui suppose déjà : – Respect de l’analysant et du travail qu’il mène. – Absence de préjugés et de jugements. – Pas de substitution à l’analysant ou d’ingérence dans sa vie et dans ses choix.

Les motifs de consultation avec lesquels l’on vient me rencontrer, sont très souvent des problèmes sexuels, affectifs et relationnels. Les personnes qui viennent veulent que ça s’arrête : la souffrance ou ce qui insiste.

C’est la personne choisie pour soutenir la parole de celle ou celui qui vient consulter avec sa demande et sa souffrance, c’est la personne choisie qui fera différence.

Je m’arrête sur un point particulier qui concerne l’inconscient ; qui, je le rappelle, est l’objet de la psychanalyse.

Comment l’analysant n’aurait-il pas à l’esprit – et il l’a -, à un moment ou à un autre, consciemment ou inconsciemment, cette phrase, cette petite voix -à peine audible- qu’il prête à celui qu’il vient rencontrer : « Je veux votre bien. …Et je l’aurai ! » ?

Je ne m’improvise pas psychanalyste ; objet d’un long parcours, avec d’autres, avec des contraintes, avec des (re)mises en question permanentes. Et mon inconscient, d’analyste… ? Le plus grand travail et la plus grande attention permanents concernant son propre inconscient sont des contraintes obligées et constitutives du parcours et de la position de psychanalyste. Il s’agit que je puisse entendre et lire au plus librement et de mon côté et du côté de l’analysant et dans ce qui se passe ou ne passe pas entre les deux.

L’analyste ne veut pas votre bien. Non qu’il n’y ait pas écoute bienveillante de sa part. Bien sûr, elle existe. Mais je sais, par ma propre analyse personnelle, par ma formation théorique et ma pratique d’analyste que vouloir votre bien est un obstacle de l’inconscient qui empêchera le travail analytique qui accompagne quelqu’un dans son propre cheminement vers un mieux-être (n’oublions pas ce qui l’amène), vers sa vérité, vers un gain de liberté pour lui-même.

Je reconnais les règles de l’analyse, m’y soumets moi aussi, sachant de quoi elles se fondent et ce qu’elles permettent : la place de l’analysant comme être parlant, demandant, manquant, désirant, … Comme acteur et sujet advenant.

Je note encore : la rigueur du travail analytique n’est pas synonyme de rigidité. L’adaptation, la création et l’invention fondées, n’empêche pas la rigueur -voire lui donne consistance- et évite la rigidité.

Bruxelles et Liège, janvier 2008.

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