Quel est l’intérêt de s’allonger sur un divan ?

L’intérêt que revêt le divan est a priori et selon moi – et sans doute selon quelques autres – de favoriser ce que l’on nomme la « libre association ». Tant celle et de prime abord, de l’analysant (l’allongé), que celle de l’analyste.

La libre association, vous l’aurez lu sur ce site ou ailleurs, est cette règle première en analyse : que la personne qui vient faire sa psychanalyse dise « tout ce qui lui vient à l’esprit », avec ses mots à elle, telles que mots, impressions et images se présentent durant la séance. L’on s’aperçoit que cette règle – sorte d’injonction contradictoire – de dire « tout ce qui vient », comme cela vient, est malaisée. Cela tient à la pudeur, à la morale, à l’éducation, à la crainte d’être jugé par l’analyste, par quelque personne supposée savoir… Cela tient à nombre de choses, dont à cette auto-censure qui à la fois, permet à chacun de vivre en société (en groupe), mais qui aussi bride « l’auto-censuré ».

Le divan – ce pourrait être un fauteuil qui tourne le dos à l’analyste – est censé aider à ce que les personnes se laissent aller à leurs dires et à leurs rêveries éveillées. A leurs souvenirs, à leur impression soudaine liée à la situation actuelle (la séance).

Allongée plutôt que sous le regard de la ou du psychanalyste, la personne dira plus aisément « je vous aime », ou encore « je déteste mon fils », ou encore « qui me dit que vous m’écoutez ? », ou bien « les fleurs de votre papier peint me font penser à… ». Or ces phrases, comme le texte d’un rêve, vont elles-mêmes permettre des associations d’impressions, d’idées, des réminiscences de sentiments fugaces, la résurgence de souvenirs « oubliés », qui contribueront au développement de l’analyse de cette personne.

Assis derrière l’analysant(e) plutôt que sous son regard, la/le psychanalyste va de même plus aisément se laisser aller à ses propres associations. Parmi ces associations, celles directement en lien avec les propos et silences de son client, dans ce qu’il en serait de l’univers de celui-ci, mais aussi celles en lien direct ou indirect avec l’inconscient de l’analyste : son histoire, les points restés aveugles de sa propre analyse. Cette dimension de l’insu (du non-su) de l’analyste concernant lui-même, ça revient pendant que son client est là. Ou entre les séances. Le fait de ne pas être « soumis » au regard de son client – la prise de postures, donner le change, etc. – aide l’analyste à faire son travail ; à regarder « ce qu’il me veut, ce client », en quoi ses propos m’évoquent des éléments personnels à moi-même, qui n’ont peut-être rien à voir – et rien avoir – avec ce qui m’est dit.

Le divan revêt pour chaque analysant une dimension différente.  Pour l’un, il permet de tenter de se détendre, pour l’autre le divan évoque la soumission, pour quelque autre, le divan c’est le lit ; lit de mort, lit d’ébats amoureux : peu importe. L’important est que cet accessoire soit aidant. Et s’il est paralysant…. Ça   se dit en séance, et ça s’analyse.

Enghien-les-Bains, France, le 11 septembre 2007.
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