Quelle différence y a-t-il entre analyse et analyse didactique?

Question : Une analyse didactique telle que je l’imagine, à savoir une analyse qui ne serait pas dictée par la souffrance et qui proviendrait de quelqu’un ayant des connaissances théoriques relativement importantes, peut-elle se dérouler de façon comparable?

Rares sont les sociétés de psychanalyse qui utilisent encore le terme d’ « analyse didactique ».
Dans le temps était didactique l’analyse poursuivie auprès d’ un psychanalyste didacticien reconnu comme tel par l’institution à laquelle il appartenait.
Il ne s’agit pas seulement d’une question de définition mais aussi d’une question de fond et d’évolution de la théorie et de la pratique analytiques, des institutions qui en sont garantes et des cursus de formation qui en assurent la transmission.
Le terme d’analyse didactique est effectivement ambigu et peut prêter à confusion et c’est la raison pour laquelle on ne l’utilise plus.
Si, effectivement, il n’est pas pensable que le psychanalyste n’ait pas lui-même poursuivi une psychanalyse souvent longue avec un analyste de son choix, elle n’est certes pas le lieu de l’acquisition d’un savoir.
La psychanalyse est affaire personnelle, indépendamment de toute pression institutionnelle, mais elle est la condition fondamentale pour avoir accès à un cursus psychanalytique.
Le désir de devenir psychanalyste est comme tout désir lié à l’évolution personnelle ; il surgit, s’élabore et est analysé dans le cadre de la relation transférentielle que l’analysant noue avec son analyste.
Tous deux cheminent complètement indépendamment du processus de formation. On ne fait donc pas une psychanalyse pour acquérir un savoir. Il s’agit d’une expérience unique et singulière qui met en perspective les causes inconscientes de la souffrance psychique grâce à la spécificité de sa méthode. Association libre du côté du patient à laquelle répond l’écoute et l’interprétation du côté de l’analyste. Ainsi se présente la cure de parole qui ouvre donc à une vie psychique plus libre, plus riche, plus créative.
On comprendra que cette expérience est fondamentale pour le candidat-psychanalyste car elle imprégnera la qualité de son écoute, sa capacité d’accueil et d’interprétation lorsqu’il sera lui-même psychanalyste. Il ne s’agit pas d’une identification à la personne de l’analyste mais à sa fonction dénuée de tout a priori et de tout jugement.
Cette psychanalyse, qui n’est donc pas didactique mais nécessaire, mènera éventuellement le futur candidat à adresser sa demande de formation à l’institut ou à la commission d’enseignement d’une société de psychanalyse.
Les modalités des cursus diffèrent selon les associations et s’articulent avec les conceptions théorico-pratiques de la psychanalyse contemporaine et de l’élargissement de son champ clinique.
Le cadre de la formation dépend donc des procédures et conceptions psychanalytiques partagées par les membres de chaque institution.
Lorsque le futur candidat confronte son désir d’être analyste avec les membres de la commission d’enseignement, il rend compte de son évolution personnelle et de son parcours analytique. Cette rencontre est évidemment perturbante parce qu’elle convoque l’intervention de l’institution comme tiers, au niveau des processus analytiques. Elle mobilise de nouveaux liens entre fantasmes et réalité. Passer du désir à l’action introduit en quelque sorte le principe de réalité. Alors commencera – si le candidat est accepté – un processus d’exploration et de construction de la position analytique, en lien étroit avec le questionnement identitaire. Outre la participation aux séminaires proposés par les associations de psychanalyse, la supervision représente un levier important, de même que les échanges avec les collègues.
La formation du psychanalyste est donc un processus long qui met en tension théorie et pratique. L’exploration de la réalité psychique est infinie et notre pensée clinique et ses interrogations doivent rester en éveil et ouvrir la voie, tout au long de notre pratique, à une réflexion sur les parcours que nous poursuivons avec nos analysants et sur la manière dont chaque rencontre sollicite notre capacité d’écoute, de compréhension et d’interprétation de la problématique qui nous est présentée.

Bruxelles, juillet 2007.