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May 02 2008
La psychanalyse permet-elle de réaliser ses désirs ? par Luc Parisel Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
02-05-2008
Je suis très majoritairement attiré par les femmes mais ai de temps à autres des pulsions homosexuelles. Après quelques expériences, j'ai fait le choix il y a 4 ans de ne pas succomber à ce désir, bien qu'il réapparaisse de temps à autre, pour ne pas avoir à mentir à ma femme. Je m'interroge parfois sur la justesse de ce choix. Ma question est : Peut-on vivre une relation "saine" avec son conjoint sans pour autant lui révéler sa bisexualité ? Au fond la question plus générale est peut être : Doit-on absolument réaliser ses désirs ?

Cette question est intéressante parce qu’elle évoque l’imbrication des niveaux tantôt conscient, tantôt inconscient des désirs et des pulsions. Et donc, pour ceux qui échappent à la conscience, l’obligation de reconnaître que nous n’en avons pas la maîtrise.

Nous avons beau vouloir renoncer à un désir, il peut toujours s’exprimer malgré nous, fût-ce par le surgissement d’un rêve érotique, ou d’un acte qu’on dit « manqué », mais qui en réalité trahit l’existence d’un désir caché, resté inconscient.

Les règles sociales, donnent un cadre évolutif à l’expression sociale de nos désirs individuels. Il semble (en aucun cas la chose n’est généralisable !) que l’expression publique de la vie amoureuse d’un couple homosexuel risque, en moyenne, moins l’opprobre social aujourd’hui qu’il y a une cinquantaine d’années. Il y a peu, la visibilité sur la scène publique de la vie amoureuse hétérosexuelle faisait problème à la bienséance d’une certaine morale bourgeoise. La mémorable chanson « Les amoureux des bancs publics » - 1952 - de Georges Brassens ne passait qu’assez tardivement sur les ondes des radios publiques afin de ne pas « heurter » les chastes oreilles des jeunes adolescents, c’était avant mai 68 !

A chaque époque donc, ses mœurs, et sa tolérance à l’égard de l’expression publique de celles-ci… La psychanalyse n’a pas à en juger. Ni d’ailleurs à juger de ce qui serait sain de dire ou non au sein d’une relation avec sa ou son partenaire, sa conjointe ou son conjoint.

L’objet de la psychanalyse est plutôt d’aller à la découverte du versant inconscient de nos désirs et pulsions, versant que toutes sortes de raisons nous ont amenés à refouler, ou à nier.

Le discours social, qui a pour fonction de nommer les interdits, influence chacun d’entre nous dans sa nécessité propre de « devoir » refouler ou nier certaines composantes de sa vie, qui du coup, deviennent inconscientes, mais pas inactives pour autant !

A rebrousse poils du discours social, la psychanalyse va tendre à permettre au psychanalysant d’atteindre la reconnaissance de sa vie inconsciente, et par là de se reconnecter à ses désirs inconscients. Mais, de là à dire que ces désirs inconscients « doivent » être réalisés, il y a de la marge. Prendre conscience d’un désir meurtrier n’impose nullement de le réaliser ! Par contre, cette prise de conscience nous permet d’évoluer, et dévier cette énergie meurtrière vers une « création » artistique ou autre….

En résumé, point d’obligation de réaliser tous nos désirs, conscients ou inconscients, mais aller à la découverte de la vie inconsciente qui les traverse, peut être un luxe ou une nécessité, voire dans certains cas, les deux à la fois.

Bruxelles, le 1° mai 2008
Commentaires (1)add comment
Frédéric Kahef: C'est quoi, "homosexuel" ?
Ce qui pose la question du mot « homosexuel, » entre beaucoup d’autres, d’ailleurs.

S’il fait problème, pourquoi l’utiliser ?

Ce n’est pas du tout la même chose de constater (assez inévitablement) la nature multiforme des désirs, dont ceux qui tendent vers des personnes de même sexe, et de discuter d’un engagement social visiblement orienté sexuellement.

Sans compter qu’un apparent désir homosexuel, même puissant et persistant, peut revêtir une toute autre signification sur le divan.
Et inversement, sans évoquer le nombre non négligeable de personnes qui vivent leur hétérosexualité selon un mode résolument homosexuel, dont elles n’ont bien sûr aucunement conscience.

Le discours social ne peut pas faire l’impasse sur ces mots que sont homosexuel, hétérosexuel, bisexuel ou autres, parce que ce discours n’a pas d’autre choix que de s’appuyer sur des faits, des constats, basés sur l’apparence explicite de ce que nous présentons de nous-mêmes aux autres.
Et c’est d’ailleurs heureux, car s’il en était autrement, plus aucune vie intime ne serait possible.

Mais ces mots n’ont plus de sens dans le cabinet de l’analyste. Ils ne correspondent à rien qui puisse être audible dans le discours social. Exactement de la même manière que la sexualité dont parle la psychanalyse n’a pas grand-chose à voir avec le sexe tel qu’on en cause en bonne compagnie.

Alors dans ce cas, pourquoi continuer à les utiliser ?
Pourquoi ne pas préférer directement nommer ce qu’ils recouvrent, avec des mots simples qui en disent bien davantage la réalité concrète ?

Ce n’est qu’une suggestion, bien sûr, je ne prétends naturellement pas être en mesure de prendre en compte tous les cas de figure.

Cordialement,

Frédéric Kahef
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Abus
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April 18, 2009
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