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Feb 18 2008
Mon psychanalyste veut-il mon bien ? Par Jean Luc Pirlet. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
19-02-2008

J’ai rencontré la question sous des formulations diverses au cours de séances de psychanalyses. Avec pertinence. Les analysants ont bien des motifs de se poser cette question. Au mot bien est attaché des connotations différentes : le bien-être, l’argent, l’amour, … L’analyste me veut-il quelque chose, que me veut-il, veut-il mon argent, veut-il mon amour, me veut-il sexuellement, veut-il mon bien-être et pourquoi alors ? Entre autres. Ces questions concernent le désir et la jouissance de l’autre.

Quelques éléments de réponse…

La psychanalyse s’invente. Elle se vit.

Il ne me semble pas inutile de repréciser certaines règles de la psychanalyse qui concernent explicitement l’analysant. La règle principale : la libre parole, la libre association ; dire ce qui vient comme ça vient. Des règles cadres : le lieu, l’horaire, la fréquence des séances, les séances manquées, les honoraires. Face à face ou divan relève du cas par cas.

Par ailleurs qu’est-il attendu, entre autres et diversement, du psychanalyste : qu’il en sache quelque chose ; qu’il ait fait une analyse personnelle, qu’il ait été ou soit en supervision, qu’il travaille avec d’autres dans une Association, Ecole ou Société psychanalytique ; qu’il ne déroge pas à l’éthique et aux règles de la psychanalyse et qu’il soit un pas en avant dans le travail mené.

L’analysant peut tout dire. Il peut tout interroger. Y compris, notez !, ce qu’il entend de ce qu’il dit. Et, si je ne dis rien à propos de moi-même, comme tout analyste, c’est, entre autres, que l’analysant est déjà bien assez encombré avec ses affaires et ne vient pas pour autre chose que ses propres affaires. Il vient pour soi-même.

Le psychanalyste tient la place de sujet supposé savoir, assure le transfert et son maintien et la direction de la cure. Ce qui suppose déjà : - Respect de l’analysant et du travail qu’il mène. - Absence de préjugés et de jugements. - Pas de substitution à l’analysant ou d’ingérence dans sa vie et dans ses choix.

Les motifs de consultation avec lesquels l’on vient me rencontrer, sont très souvent des problèmes sexuels, affectifs et relationnels. Les personnes qui viennent veulent que ça s’arrête : la souffrance ou ce qui insiste.

C’est la personne choisie pour soutenir la parole de celle ou celui qui vient consulter avec sa demande et sa souffrance, c’est la personne choisie qui fera différence.

Je m’arrête sur un point particulier qui concerne l’inconscient ; qui, je le rappelle, est l’objet de la psychanalyse.

Comment l’analysant n’aurait-il pas à l’esprit - et il l’a -, à un moment ou à un autre, consciemment ou inconsciemment, cette phrase, cette petite voix -à peine audible- qu’il prête à celui qu'il vient rencontrer : « Je veux votre bien. …Et je l’aurai ! » ?

Je ne m’improvise pas psychanalyste ; objet d’un long parcours, avec d’autres, avec des contraintes, avec des (re)mises en question permanentes. Et mon inconscient, d’analyste… ? Le plus grand travail et la plus grande attention permanents concernant son propre inconscient sont des contraintes obligées et constitutives du parcours et de la position de psychanalyste. Il s’agit que je puisse entendre et lire au plus librement et de mon côté et du côté de l’analysant et dans ce qui se passe ou ne passe pas entre les deux.

L’analyste ne veut pas votre bien. Non qu’il n’y ait pas écoute bienveillante de sa part. Bien sûr, elle existe. Mais je sais, par ma propre analyse personnelle, par ma formation théorique et ma pratique d’analyste que vouloir votre bien est un obstacle de l’inconscient qui empêchera le travail analytique qui accompagne quelqu’un dans son propre cheminement vers un mieux-être (n’oublions pas ce qui l’amène), vers sa vérité, vers un gain de liberté pour lui-même.

Je reconnais les règles de l’analyse, m’y soumets moi aussi, sachant de quoi elles se fondent et ce qu’elles permettent : la place de l’analysant comme être parlant, demandant, manquant, désirant, … Comme acteur et sujet advenant.

Je note encore : la rigueur du travail analytique n’est pas synonyme de rigidité. L’adaptation, la création et l’invention fondées, n’empêche pas la rigueur -voire lui donne consistance- et évite la rigidité.

Bruxelles et Liège, janvier 2008.

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Commentaires (4)add comment
Catherine Ferdin: La distance affichée peut agir comme un "repoussoir" pour l'analysant potentiel
Cet article m'intéresse en ce qu'il tente de clarifier un point effectivement parfois nébuleux dans l'esprit du patient, et je m'arrête à deux extraits de cet article:

"Pas de substitution à l’analysant ou d’ingérence dans sa vie et dans ses choix."
"L’analyste ne veut pas votre bien. Non qu’il n’y ait pas écoute bienveillante de sa part. Bien sûr, elle existe. Mais je sais, par ma propre analyse personnelle, par ma formation théorique et ma pratique d’analyste que vouloir votre bien est un obstacle de l’inconscient qui empêchera le travail analytique qui accompagne quelqu’un dans son propre cheminement vers un mieux-être (n’oublions pas ce qui l’amène), vers sa vérité, vers un gain de liberté pour lui-même."

Je suis à la fois d'accord et pas d'accord avec ces affirmations ou plutôt devrais-je dire que c'est à la fois ce que je trouve positif mais ce qui m'arrête dans le choix de la démarche psychanalytique. Je suis à cent pour cent pour cette "neutralité" préconisée et en même temps, le risque est de laisser passer l'impression d'une froideur et d'une attitude de type "débrouillez-vous avec vous-même" assez difficile à "encaisser", du moins en ce qui me concerne. J'ai l'impression de me trouver dans une situation de monologue, alors que j'ai besoin de dialogue.


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Abus
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February 23, 2008
Votes: +1
Michèle WEEMAELS: Un article intéressant.
La lecture de l'article montre, au départ d'une question franche voire même osée, quelque chose de l'humanité du psychanalyste, de son travail et de sa place.
Le psychanalyste et l'analysant (potentiel) ne sont-ils pas tenus à un travail qui a ses contraintes liées à l'inconscient et au fonctionnement de l'appareil psychique?

"La distance affichée peut agir comme "repoussoir" pour un analysant potentiel" (titre du commentaire précédent). Une distance permet, en fait, de s'exprimer librement en donnant les moyens et la garantie, ce qui est un élément constitutif du travail, du parcous, que choisit la personne qui vient consulter.

La psychanalyse ne convient pas automatiquement à chacun. Il est peut-être préférable de chercher ce qui convient alors pour soi.
Mais la psychanalyse est sans doute moins inaccessible que certains pensent.
2

Abus
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February 24, 2008
Votes: +2
Pierreeau: Si ce n'est le bien, c'est le mal alors !
En analyse depuis quelques années, j'ai également de temps en temps ce doute, mon psy veut-il mon bien ? peut-être qu'ayant trop besoin d'une réponse de l'autre...et des autres d'une façon générale dans nos vies, associons nous leurs silences à ce qu'ils ne nous veulent pas de bien, mais du mal !
J'espère un jour pouvoir vivre sans me demander qui me veut du bien et qui me veut du mal, pour l'heure je ne fais qu'en rêver, et cela au moins, me fait du bien.
3

Abus
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March 02, 2008
Votes: +2
b. philippe: et l le privé dans tout ça
triste de lire ici les réflexions d'un psy .c'est important pour moi que cela reste du privé. c'est sans doute encore un rabotage de la confiance et un pas de plus vers la perte. point commun entre analysant et analyste c'est la reconnaissance. neutralité et rigidité sont des leurres. ça rend vulnérable. plus de psychanalyste plus de bon thérapeute bienveillant mais quelqu'un en face de moi avec qui je peux parler de ce qui m'embarrasse encore.laissez votre cerveau de coté m'a t elle dit et laissez revenir ce qui vous a tant manqué. et dire que c'est un psychiatre qui parle.ce qui a manqué a tellement manqué que le psychanalyste pur et dur je ne pourrai sans doute jamais l'intégrer comme assez bon. si j'ai fait réponse a ce courrier c'est que ça m'a rendue triste de lire un psy s'envoler ainsi sur le net
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Abus
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May 01, 2008
Votes: -2

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