Accueil arrow Matière à penser arrow Entretiens arrow La scientificité de la psychanalyse - Entretien avec Jean Laplanche
Jan 13 2007
La scientificité de la psychanalyse - Entretien avec Jean Laplanche Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
13-01-2007

Extraits d’un entretien de Jean Laplanche avec Alberto Luchettti (Lanzarote, juillet 2006) le texte complet est disponible en format pdf

AL : Le problème de la scientificité entraîne celui de la vérité possible, de pouvoir saisir la vérité des théories, des hypothèses, des modèles de la psychanalyse.

JL : Je crois que l’idée de vérité est toujours restée, pour tout le monde, en dehors des prises directes de l’intellect. Les plus grands épistémologues pensent que nous n’en n’avons qu’une approximation, mais il n’empêche pas que la vérité reste là comme un idéal. Nous n’avons pas à penser que nous détenons la vérité comme une chose, nous ne la détenons nullement : nous proposons des modèles qui essaient de s’approcher le plus possible de la vérité, mais ces modèles sont éminemment caducs, réfutables, c’est-à-dire qu’un jour ou l’autre il est certain qu’ils seront remplacés par d’autres, plus adéquats.

 

AL : Vous faites souvent référence aux travaux de Popper qui pourtant semblait mettre la psychanalyse dans un coin, en dehors de la science.

JL : Oui. Il y a deux Popper. Il y a le Popper qui a critiqué la psychanalyse, et je crois que malheureusement il ignorait à peu près tout de la psychanalyse. Il en connaissait seulement les aspects les plus divagants, par exemple Adler, ou les plus métaphysiques. Popper ignorait tout de la psychanalyse freudienne. Il connaissait la psychanalyse essentiellement par sa branche adlérienne. Il n’a jamais discuté Freud véritablement à partir de ses propres concepts.

AL : Et l’autre Popper ?

JL : En revanche l’autre Popper, tout à fait passionnant, c’est celui qui a dit finalement – je reprends cette formule, je ne sais pas si c’est de lui, je la connais depuis fort longtemps – « La nature ne dit jamais oui, elle dit toujours non ». C’est-à-dire que la nature n’affirme jamais une vérité mais qu’elle est toujours à notre disposition pour réfuter une assertion fausse. C’est évidemment quelque chose qui a l’air purement négatif, alors que c’est en réalité très positif, car cela ouvre la possibilité à toute une imagination créative de modèles. L’homme est créateur de modèles. Des modèles qui essaient de s’adapter le plus possible à la réalité qu’il étudie. Mais ces modèles ensuite sont soumis à «réfutation». Ils ne sont pas pour autant soumis à «vérification», en ce sens qu’on ne cherche pas à montrer que x fois cela sera réussi, mais on cherche le point où cela pourrait être faux. Evidemment, c’est ce point là qui peut tout mettre en l’air. Il est clair que le poppérisme que je décris là est un peu radical. Le poppérisme depuis Popper s’est beaucoup adouci. Popper ne dirait plus de nos jours, et les poppériens ne diront plus, que tout un système de pensée va s’effondrer sur la foi d’une seule expérience négative. Il y a des expériences qui ne touchent qu’à une partie périphérique d’un système, alors que le centre s’avère lui beaucoup plus dur, et résiste bien aux expériences négatives.

AL : Vous pensez que Freud lui-même était poppérien ante litteram ?

JL : Oui, je pense que souvent Freud était poppérien avant la lettre. Par exemple, il a écrit un article qui s’appelle « Une conception de la paranoïa contredisant la théorie psychanalytique de cette maladie ». Eh bien, cette description d’un cas négatif est typiquement poppérienne. Même si cette description d’un cas négatif aboutit au fait que ce cas n’est pas aussi négatif que cela, parce ce que Freud évidemment n’aimait pas beaucoup trouver des cas vraiment négatifs… Il n’empêche qu’il en a exploré un pour montrer qu’il n’est pas aussi négatif qu’il semblait au premier abord. La question était celle du fondement homosexuel de la paranoïa.

AL : Toutefois, si Freud adopte et choisit la vision du monde de la science, vous disiez aussi qu’il ne réfute pas les autres conceptions du monde. Est-ce qu’il y a donc place pour elles ?

JL : Je pense qu’il n’y a guère place pour les autres conceptions. Freud n’était pas aussi tolérant que vous le décrivez. Il était très négatif vis-à-vis de la vision religieuse notamment. Il l’a critiquée de façon extrêmement vive. Je pense que Freud était un scientiste relativement dur. Nous serions certainement beaucoup plus tolérants que lui, de nos jours.

AL : C’était la même chose pour la vision du monde de la philosophie ?

JL : Oui, tout à fait. La philosophie, pour lui, pose de vrais problèmes mais avec des solutions plus ou moins imaginaires.

AL : A propos de la scientificité de la psychanalyse, pensez-vous que votre «théorie de la séduction généralisée» puisse rediriger la psychanalyse vers sa vocation scientifique ?

JL : Je suis resté très rationaliste et très freudien, même si peut-être plus tolérant que lui par rapport aux autres visions du monde. Mais certainement, ma visée personnelle est scientifique : je pense que toute assertion qui n’est pas susceptible d’être réfutée dans un débat n’a pas de valeur. Ceci implique donc débat entre personnes, pas seulement entre idées.

AL : Dans ce sens, la théorie de la séduction généralisée peut soumettre des propositions à ce travail de falsification, de mise à l’épreuve ?

JL : Oui, mais il faut être très prudent parce que beaucoup des éléments de la théorie de la séduction généralisée sont difficiles à falsifier. En effet, ils ne sont pas des éléments de type expérimental. Ils ne sont pas même des éléments d’observation au sens classique du terme. Ils se retrouvent au cours de la cure psychanalytique, ce qui est très spécial par rapport à la situation d’observation dans le monde des objets externes.

( ... )

AL : Votre livre sur l’«après-coup», Problématiques VI, vient de sortir. Il touche à une question métapsychologique mais aussi, peut-on dire, à l’expérience subjective du temps, de son passage, et de la possibilité de lui donner de nouvelles significations, de revivifier le passé pour le traiter et le féconder. Ainsi, le passage du temps pourra-t-il élargir le champ de votre théorie ?

JL : Je suis persuadé que cette théorie se montrera féconde, que des champs immenses sont encore à explorer, et qu’il reste à d’autres à le faire. Notamment le champ des perversions, des psychoses, et des états-limites, qui restent à explorer de façon clinique et théorique en même temps.

AL : A ce propos, vous avez annoncé la création d’une fondation.

JL : Un de ses buts serait certainement celui-là : l’expansion de la pensée qui s’intitule «Nouveaux fondements pour la psychanalyse», essayer de refonder la psychanalyse sur de nouvelles bases plus simples. On a beaucoup insisté sur le fait que cette théorie s’avère finalement beaucoup plus simple que les théories de la psychanalyse classique - aussi bien la freudienne que la lacanienne - qui s’emmêlent dans leur développement. Prenez des textes comme celui de Freud sur Inhibition, symptôme et angoisse : vous vous rendez compte à quel point la pensée est embrouillée. Eh bien, chez Lacan c’est la même chose. Chez Mélanie Klein, c’est la même chose aussi. Je crois qu’il y a un besoin de simplification, et que si la théorie de la séduction généralisée apportait une base de simplification - quelque chose d’intelligible pour chacun et en même temps capable de rendre compte des faits - ce serait déjà un grand point, un bon départ.

 

AL : Ce serait aussi un cadre permettant d’intégrer les contributions venant, par exemple, des auteurs que vous venez de citer…

JL : Tout à fait…

AL : Et aussi d’autres… mais également des apports issus d’autres disciplines. Ainsi, vous avez souligné que critiquer le biologisme de Freud et d’autres courants de la psychanalyse ne signifie pas…

JL : …critiquer la biologie, ni la problématique de la biologie. La question des neurosciences, c’est beaucoup plus complexe. On n’a pas encore vraiment trouvé la clé de l’approche, mais je pense qu’il y en a forcément une.


Commentaires (19)add comment
Hervé Bridy: Quelques réflexions personnelles
La psychanalyse peut-elle évoluer vers un modèle plus simple, ou sa nature complexe continuera-t-elle de se refléter dans des oppositions d’écoles ? La scientificité, à l’image des mathématiques, réussira-t-elle à unifier tous les modèles ? A moins que ne prévale longtemps encore cette dimension quasi politique : chaque école – et cela ne ressort pas tant du désir de scientificité que de pouvoir et de pérennité – est préoccupée par son influence.


Par exemple, si Jean Laplanche semble porter un moindre intérêt au texte Inhibition, symptôme et angoisse, nombre d’auteurs considèrent en revanche que les idées que Freud y développe sont une contribution majeure à la psychanalyse, en dépit du caractère quelque peu « brouillon » de cet ouvrage.

L’histoire de la psychanalyse montre la formidable capacité chez Freud à remettre en question ses propres conceptions. En même temps, il était peu enclin à reconnaître les apports de ceux qui s’écartaient de ses propres travaux. La partialité est une attitude très répandue, même parmi les plus grands penseurs.


La publication de Inhibition, symptôme et angoisse s’inscrit d’ailleurs dans un climat de désaccords et de scission parmi les disciples les plus proches de Freud, ruptures dont il reste aujourd’hui encore des traces profondes, notamment dans ce qui oppose la psychanalyse européenne, notamment française, et le courant anglo-saxon.


Il est intéressant de noter, malgré les différentes approches théoriques de la psychanalyse, que la clinique parvient parfois à rapprocher des praticiens d’écoles différentes. La complexité de la relation entre un psychanalyste et son analysant est telle que certaines prétentions de la théorie y perdent de leur éclat. Le point essentiel concerne alors l’aptitude de l’analyste à s’interroger.

Loin d’envisager une théorie unificatrice, Raymond Cahn (La fin du divan, Odille Jacob, 2002) propose de considérer les traits qui rassemblent dans une même identité tous les psychanalystes : « ce qui, en principe, alors, demeure commun à tous les psychanalystes, c’est d’une part la reconnaissance et l’expérience personnelles de l’inconscient et, d’autre part, le soupçon systématique porté à toute expression, tout acte issus de lui-même ou de l’autre, et la nécessité constante de les confirmer, récuser ou ré-interroger à la lumière de cette double exigence » (p.144). Peut-être les psychanalystes peuvent-ils se rapprocher à la lumière d’une certaine humilité qui paraît de mise face à ce « métier impossible ».
1

Abus
vote down
vote up
January 22, 2007
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Freud poppérien ? Et Popper qui n'a rien compris à Freud. On croît rêver.
Malgré le respect que l'on peut devoir à Jean Laplanche et à son immense travail, (notamment concrétisé par son dictionnaire de psychanalyse), pour ce qui concerne la critique épistémologique de la psychanalyse, et, en particulier, via l'épistémologie de Karl Popper, cet homme, d'aussi bonne volonté soit-il, a de toute évidence, encore bien des choses à admettre tant sur Popper que sur Freud.

Mais tout d'abord, reconnaissons-lui quand même une restitution résumée, globalement correcte, de la vision de la Vérité, d'une part, et du falsificationnisme poppérien d'autre part.

Concernant la Vérité, comme le soulignait Popper dans "la logique de la découverte scientifique", certes, les scientifiques ont toujours besoin d'une idée de la Vérité certaine pour leur servir de guide, et pour continuer de penser qu’ils peuvent toujours améliorer leurs théories et leurs modèles, mais ils ont conscience que cette idée n'est qu'une "inaccessible étoile". Les scientifiques, qui ne sont que des hommes, c'est-à-dire faillibles, mais possiblement doués du jugement critique sur leurs propres erreurs, doivent donc se contenter, de la corroboration, pour faire office de "vérité scientifique". En somme, la "vérité scientifique", (qui ne peut jamais être certaine et définitive), correspond au degré de corroboration des théories les mieux testées à un moment donné du développement d'une science, sur l'un ou plusieurs de ses objets de recherche.

Comme les tests les mieux reconnus par une communauté de chercheurs, ne peuvent être logiquement certains, et comme une théorie détient, par le biais de tests sévères et intersubjectifs, un degré élevé de corroboration. Plus ce degré sera élevé, et plus la théorie sera aisément falsifiable, donc aussi, logiquement improbable (Cf. Karl Popper in « Conjectures et réfutations », Chapitre 10). Donc, tout est lié : le degré de corroboration, le degré de falsifiabilité, et le degré d’improbabilité logique d’une théorie.

Mais une théorie bien corroborée, ne dit absolument rien sur la classe des énoncés qu’elle permet. Par exemple, la théorie « tous les cygnes sont blancs », ne peut rien nous dire de plus en information, sur les cygnes blancs. D’autres cygnes blancs, aussi nombreux soient-ils, ne nous renseigneront donc jamais sur la réelle portée descriptive, explicative, et, bien sûr prédictive, de la théorie. Ce ne sont donc que les énoncés logiquement interdits par la théorie, appelés par Popper « falsificateurs potentiels » ou « énoncés de base », qui seuls permettent d’entrevoir le réel pouvoir descriptif, explicatif et prédictif d’une théorie universelle, en en dessinant les limites grâce à la classe de tous les cas qu’elle exclut. Si l’on aime pas Popper, il y a aussi Spinoza : pour qu’une théorie ait une valeur explicative, il faut qu’elle puisse exclure certains faits.


suite...
2

Abus
vote down
vote up
February 04, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Suite commentaire
Concernant la falsifiabilité de la psychanalyse, le philosophe des sciences a avoir le mieux défendu la psychanalyse contre cette critique de Popper, tout en étant lui-même l’un des critiques les plus sévères de l’œuvre de Freud, c’est le Professeur Adolf Grünbaum. Dans son livre « Les fondements de la psychanalyse », Grünbaum s’indigne de l’obstination de Popper a affirmer que la psychanalyse est bien irréfutable. Contre Popper, Grünbaum soutient, au contraire, que le corpus freudien, serait « saturé d’hypothèses réfutables ». Mais Grünbaum se trompe. Pourquoi ? Parce que dans sa méthode, il s’intéresse à des cas isolé, il découpe les thèses freudiennes en des hypothèses qui, sorties de leur contexte général, deviennent, effectivement réfutables, mais, réfutées, nous dit finalement Grünbaum. On dirait qu’il ne tient aucun compte des multiples stratagèmes rhétoriques de Freud, lesquels l’amènent constamment à se contredire, à revenir sur ses affirmations, ou à les reformuler pour englober la chose et son contraire. Mais si l’on procède à une lecture, par petits bouts de l’œuvre de Freud, c’est-à-dire en coupant les liens logiques qui tiennent ensemble les différentes affirmations de Freud, et surtout son comportement vis-à-vis de la critique, on peut effectivement trouver des énoncés falsifiables.

Mais, disons-le encore, tout ceci procède dans le mépris le plus total du contexte dans lequel toute affirmation freudienne est nécessairement intégrée : celui du postulat délirant du déterminisme psychique, prima faciae, absolu, et excluant tout hasard et tout non-sens.

Concernant le cas de la paranaïoa et de l’homosexualité donné en exemple par Laplanche. Freud peut bien avoir écrit un article dans toute sa carrière, où il tente de tenir compte d’un contre-exemple, cela fait-il de lui un poppérien ? Si Laplanche le pense, alors, c’est qu’il n’a de toute évidence pas lu Popper avec suffisamment d’attention.

Tout d’abord, même un remaniement de la position de Freud, ne peut remettre en question sa théorie de l’inconscient, laquelle ne connait pas la contradiction, selon les propres termes de Freud. Ensuite, Freud peut dire, une fois, que la paranoïa est de l’homosexualité refoulée (pour, par exemple, sauver la théorie de l’inconscient, contre ceux qui voudrait la critiquer), et, une autre fois, que si la paranoïa n’est pas de l’homosexualité refoulée, c’est d’un autre complexe refoulé qu’il s’agit. On peut même sauver, contre l’avis de Freud, la théorie de la paranoïa comme étant de l’homosexualité refoulée, en prétendant que l’inconscient de l’individu analysé n’a pas été assez bien analysé, ou bien que lors du transfert avec l’analyste, ce dernier a pu lui suggérer de répondre dans le sens de ses attentes. Bref, il peut exister, logiquement, avec les théories freudiennes un nombre illimité de manière d’être contre ou de les sauver, justement parce que la théorie de l’inconscient, se fondant elle-même sur un déterminisme aprioriste et absolu permet toutes les extravagances. Voilà ce qu’oublie de nous dire Jean Laplanche.

Ensuite, Freud, n’a jamais admis le moindre témoin indépendant, dans son cabinet, insistant dans « Introduction à la psychanalyse » que sa doctrine se transmettait par, je cite, « ouïe dire » ! On est vraiment loin, des tests intersubjectifs, indépendants, et reproductibles réclamés par Popper ! La pierre de touche du falsificationnisme poppérien, quand on l’a bien compris, c’est le caractère intersubjectif, indépendant, et reproductibles des tests scientifiques. Si il y a bien une chose qui s’oppose radicalement à la conception du rationalisme critique en science, selon Popper, c’est le travail reclus, isolé de toute critique, en « héro », comme le croyait Freud.

Sans parler de cette affirmation de Freud lui-même selon laquelle la psychanalyse (et ses preuves) ne peuvent se transmettre que par ouïe-dire, mais, en partant toujours du premier et unique super-témoin princeps de toute la doctrine, Sigmund Freud lui-même, lequel, qui plus est, a prétendument découvert, encore plus seul dans son autoanalyse, tous les principaux fondements de sa propre doctrine.


suite...
3

Abus
vote down
vote up
February 04, 2008
Votes: -1
Patrice Van den Reysen: Suite commentaire..
Donc, à l’endroit de la psychanalyse et de Freud, on n’est jamais dans un exemple poppérien, mais bien dans l’exemple même de ce que Popper interdisait de faire.

La psychanalyse n’est que la science privée d’un seul : Sigmund Freud, unique témoin princeps, contrôlé uniquement par lui-même, donc ne s’autorisant que de lui-même. Or, Popper explique de manière tout à fait claire, qu’aucune science ne peut demeurée « privée », en mettant par exemple en avant sa conception des trois mondes. Le monde 1 est celui des objets matériels, le monde 2 celui des sentiments et autres opinions subjectives ou « privées », et le monde 3, celui du contenu des livres, et des théories scientifiques. Il n’y a que dans le monde 3 que les théories peuvent s’exposer au risque des réfutations indépendantes, reproductibles, extra-cliniques, empiriques.

Certes, les livres de Freud, font maintenant partie du « Monde 3 » et ils sont l’objet de très vives et justifiées critiques, tout comme son personnage, d’ailleurs…Mais son œuvre elle-même n’a jamais été un produit du « Monde 3 », et n’a jamais voulu se frotter aux vicissitudes terribles de ce monde-là.

Pourquoi ?

Répétons-le encore : parce que Freud n’a JAMAIS admis le moindre témoin indépendant, que ce soit pour contrôler le recueil des faits cliniques ou la fidélité et validité de ses diverses interprétations. Freud est resté le seul maître absolu et isolé de tous les faits qu’il a été le seul à manipuler. Voilà bien l’exact contraire de ce qu’exige la méthode scientifique selon Karl Popper.

Pour couronner le tout on connaît bien la réponse célèbre qu’il adresse en 1934, à Saul Rozeinsweig qui lui propose des résultats expérimentaux. Freud répond carrément que « la richesse des informations fiables obtenues pendant la cure analytique, la rend indépendante de toute vérification expérimentale ».

Effectivement, on aura beau chercher, il n’y a dans toute l’œuvre de Freud, strictement aucune trace d’un seul test empirique, extra-clinique, indépendant et reproductible sur l’une de ses théories ou l’un de ses concepts. Il n’y a rien. Et bien entendu, en corollaire, il n’y a en bout de course, strictement aucune classification bien corroborée par des tests qui ait été édifiée et publiée par Freud dans un travail scientifique digne de ce nom, « à la Popper ».


Mais la question de la scientificité de la psychanalyse, se pose en amont de la question de savoir s’il est oui ou non falsifiable, et ce, en ayant encore recours à l’épistémologie de Karl Popper !
4

Abus
vote down
vote up
February 04, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Suite commentaire.
En effet, on interroge également la valeur scientifique d’une entreprise intellectuelle, ou d’un corpus théorique qui se dit constitué en science, d’une part, en analysant ses engagements ontologiques, et d’autre part, les conceptions déterministes invoquées de façon concomitante.

Tout chercheur est en effet obligé de définir à l’aide de divers énoncés, ce qu’il considère comme « réel », et devant donc faire l’objet de recherche. Il s’agit là des engagements ontologiques. Freud avait donc le droit de croire, même de manière un peu métaphysique, en « la réalité de l’inconscient psychique et du refoulé ». Ensuite, tout chercher se doit de préciser comment il pense que les objets, les phénomènes qu’il considère comme « réels » et qu’il va étudier, sont « déterminés ». C’est-à-dire qu’elle est donc la nature des lois qui les déterminent. S’agit-il de lois causales plus ou moins précises (donc déterministes) ou de lois probabilistes ?

Lorsque l’on prend connaissance des conceptions déterministes de Freud, auxquelles il s’accrochât avec tellement d’âpreté pendant toute sa vie, il n’est plus possible d’avoir le moindre doute. A plusieurs reprises, et contrairement à ce qu’il croît, Freud défend de façon très claire, et même en tentant de l’illustrer, une conception totalement délirante et anti-scientifique du déterminisme, qui est même plus laplacienne encore que celle de Laplace, lequel avait eu la clairvoyance sinon la prudence ne l’envisager qu’à titre d’hypothèse philosophique.

Dans les « Cinq leçons sur la psychanalyse », et surtout dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », les positions de Freud sont on ne peut plus claires : il défend un déterminisme psychique, absolu excluant tout hasard et tout non-sens. Comme il prétend se servir de cette conception intenable du déterminisme pour justifier une pratique thérapeutique capable d’appréhender les associations « libres » ( !) , ce déterminisme absolu devient aussi un apriorisme. C’est-à-dire comme le fait remarquer Jacques Bouveresse en citant Timpanaro ou Lévy-Strauss, une pensée magique aux antipodes de pensée scientifique.

Dans ce domaine de la critique du déterminisme, Karl Popper, que cite Laplanche, a écrit un ouvrage magistral universellement reconnu et qui s’intitule, « l’Univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme ». Pour aller vite, disons que Popper en conclut que le genre de déterminisme que prône Freud n’est absolument d’aucune utilité pour la science parce qu’il ne peut jamais satisfaire à ce que Popper nomme comme étant « le principe de responsabilité renforcé ».

En quoi cela consiste-t-il ? Si le déterminisme absolu et aprioriste que prône Freud est vrai, alors, il existe une manière de le mettre à l’épreuve : lui demander de faire des prédictions en rendant compte, avant la réalisation de la prédiction, de n’importe quel degré de précision dans les mesures possibles à partir desquelles doivent se calculer les conditions initiales de la prédiction, afin de priver le prédicteur du droit de plaider que si son projet échoue, c’était parce que les conditions initiales n’étaient pas « suffisamment précises ». Comme il est impossible d’obtenir une mesure parfaite par la mise en correspondance parfaite de deux points, et comme personne ne peut savoir en quoi consisterait une mesure aussi précise qu’on voudrait, tout projet déterministe « à la Freud » est donc un projet qui échoue, par nature, avant même d’avoir pu commencer.


suite...
5

Abus
vote down
vote up
February 04, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Fin commentaire...
Mais Freud et les freudiens ne se sont jamais départis de cette forme de déterminisme, sinon ils eurent abandonné le « tout psychique », et la méthode des associations (prétendument) « libres ». Surtout Freud, n’aurait jamais écrit, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne » que, les mots et tous les mots sont parfaitement déterminés par des raisons qui échappent à la conscience, et que ce seraient, en plus les « meilleurs exemples » du déterminisme psychique absolu. Avec une telle conception impossible d’édifier la moindre classification viable des mots et nombres isolés. Et Freud qui s’est arrêté à l’interprétation de nombres à 6 chiffres, doit, qu’il le veuille ou non, pouvoir non seulement interpréter, mais aussi expliquer ou même prédire l’émission de n’importe quel nombre, par n’importe qui, après avoir analysé son inconscient. Par exemple, Freud, d’après sa doctrine déterministe, doit pouvoir prédire, sans faire la moindre erreur, le prochain nombre que je formulerai et qui sera composé d’autant de membres que je voudrais !

Si l’on veut tester la psychanalyse, il faut la tester avec ce qu’elle dit, et ce qu’elle prétend affirmer sur le comportement des phénomènes qu’elle veut étudier.

La psychanalyse n’est pas la psychanalyse sans sa version du déterminisme. Un déterminisme aprioriste, absolu, excluant tout hasard et tout non-sens.

On ne peut donc pas tester les théories de Freud, mais toujours trouver des confirmations de ce qu’elles disent, ce qui ne nous donne aucune information réelle sur leurs pouvoirs de description, d’explication et de prédiction. La psychanalyse, du fait de son déterminisme, fut condamnée, dès le départ, à être le modèle de toutes les pseudosciences. Et ce, conformément aux thèses bien établies de Popper sur contre ce qu’il appelle le « déterminisme scientifique ».

Non, la psychanalyse n’est en rien « poppérienne », et ce n’est pas le seul cas, douteux, de la paranoïa qui fait de Freud un « poppérien », bien au contraire.

Tout cela n’est encore que propagande et désinformation. C’est désolant.


Patrice Van den Reysen.


6

Abus
vote down
vote up
February 04, 2008
Votes: +0
Francis Martens: Popper ne s'est jamais réellement intéressé à Freud ...
Le débat entamé par Patrice Van den Reysen est nécessaire et intéressant. Il serait utile de pouvoir discuter paragraphe par paragraphe. Je n'en n'ai malheureusement pour le moment pas le temps, ni sans doute d'ailleurs - à un certain niveau - la compétence. Deux mots seulement : Karl Popper n'avait aucune notion, et ne s'est jamais réellement intéressé, à ce qu'est vraiment la psychanalyse. Son image caricaturale lui a plutôt servi de faire-valoir pour la mise en lumière de son propre (et génial!) critère de démarcation entre science et pseudo-science. On ne peut certes le lui reprocher. L'oeuvre de Freud est une lente et foisonnante gestation pleine d'aller et retours, non exempte de contradictions, ni d'affirmations péremptoires. Elle comporte quelquefois sa propre caricature. Le post-freudisme quant à lui est souvent cacophonique et traversé d'enjeux plus identitaires que scientifiques. N'empêche qu'il y a, dans l'oeuvre freudienne, un noyau dur et rationnel qui est précisément celui que s'attache à dégager l'oeuvre de Laplanche. Pas trace, à ce niveau, de quelque hyperdéterminisme délirant. Confrontée à des cas concrets, ce n'est jamais qu'a posteriori que la psychanalyse peut s'avérer «prédictive» ... Là, elle excelle à donner conjecturalement, après-coup, forme rationnelle à ce qui autrement resterait pur non-sens. Sans l'anthropologie psychanalytique, autrement dit, la condition humaine manquerait d'une clef de déchiffrement essentielle. La rationalité ce cette dernière s'appuie sur la théorie de l'inconscient sexuel refoulé, laquelle - en tant que modèle d'intelligibilité - s'avère parfaitement réfutable mais non à partir de ses mises en oeuvre cliniques. Par définition, en effet, celles-ci ne peuvent bénéficier d'échantillons homogènes et comparables (deux comportements d'aspect parfaitement identique pouvant être ici, de par leur dynamique interne, radicalement hétérogènes). C'est à la faveur d'un malentendu très poppérien que Patrice Van den Reysen peut écrire que «même un remaniement de la position de Freud, ne peut remettre en question sa théorie de l’inconscient, laquelle ne connait pas la contradiction, selon les propres termes de Freud». En réalité, c'est chez tout individu que le «processus primaire» (décrit par Freud dans sa théorisation de l'inconscient) ne connaît ni temporalité, ni négation, et dès lors échappe à la contradiction. On peut y trouver, en effet, tout et son contraire. Par contre, la théorie qui avance ce qui précède (au sujet du processus primaire à l'oeuvre dans l'inconscient) est, quant elle, parfaitement rationnelle et réfutable. Elle tente de décrire la logique d'un système individuel échappant, dans une de ses parties (l'inconscient), au principe de contradiction. En tant que théorie, aucun artifice ne lui permet d'échapper, pour sa part, à la mise à l'épreuve de sa cohérence interne, ni à sa confrontation avec les diverses facettes de ce qu'elle prétend éclairer — même si l'application du modèle expérimental ne peut être ici de mise. Ne pouvant, la plupart du temps, soumettre leur objet à la quantification sans le dénaturer pour le rendre mesurable, les sciences dites «humaines» n'en sont pas moins exposées aux démentis de la réalité et aux exigences de la logique scientifique
7

Abus
vote down
vote up
February 15, 2008
Votes: +1
Patrice Van den Reysen: Réponse 1
1 - « Deux mots seulement : Karl Popper n'avait aucune notion, et ne s'est jamais réellement intéressé, à ce qu'est vraiment la psychanalyse. Son image caricaturale lui a plutôt servi de faire-valoir pour la mise en lumière de son propre (et génial!) critère de démarcation entre science et pseudo-science. On ne peut certes le lui reprocher. »

Ceci est rigoureusement faux. Il suffit de lire la longue section que Popper consacre à ce qu'il appelle un cas de vérificationnisme dans son livre "Le réalisme et la science" (Hermann éditeurs). Cet exemple, à lui seul, prouve que Popper avait compris l'essentiel du problème parfaitement rédhibitoire de la psychanalyse. Malheureusement, comme sa critique du corpus freudien est devenu célèbre, les contre-sens, les contre-vérités et, pour tout dire, la désinformation mensongère sur la critique poppérienne de Freud reste encore le lamentable crédo de la gent psychanalytique. En sortira-t-on un jour ? J’ai bien peur que non, tant les freudiens nous ont habitués à tricher avec les faits, les idées, toutes les idées, dès qu’ils mettent à mal leurs dogmes.



2 - « N'empêche qu'il y a, dans l'oeuvre freudienne, un noyau dur et rationnel qui est précisément celui que s'attache à dégager l'oeuvre de Laplanche. Pas trace, à ce niveau, de quelque hyperdéterminisme délirant. »

Pendant toute sa carrière, Freud a cru en une version totalement délirante du déterminisme. Je suis désolé pour mon interlocuteur d’y revenir, mais ce fait-là est parfaitement indiscutable. Sulloway l’a bien remarqué, Bouveresse lui a consacré un chapitre entier, et bien plus dans son livre « Mythologie, philosophie et pseudo-science, Wittgenstein lecteur de Freud », et aussi des psychanalystes pour le moins courageux, rationnels et éclairés, comme Pierre-Henri Castel que je cite :
« (...) La position de Freud, pour être conséquente, doit donc interpréter tous les phénomènes considérés en général comme fortuits, comme des produits du déterminisme psychique. Il n'est plus ici question du rêve ou du mot d'esprit, mais de la liste par définition indéfiniment ouverte des ratages qui attestent l'action d'un refoulement. » [http://pierrehenri.castel.free.fr/5conf1.htm#ZG].
Puis ceci :
« (...) Mais quels que soient les aspects étranges que présentent les actes manqués et leurs corrélats, il reste que le déterminisme psychique qu'ils illustrent, s'étendant à tant de manifestations différentes, paraît changer de nature. Il se métamorphose en principe métaphysique. Car pour la science, on l'a dit, il se résume à affirmer que si tel phénomène est donné, alors tel autre suit, selon telle loi. Son expression est donc conditionnelle. En outre, la nécessité de l'enchaînement est manifestement une nécessité pensée, et introduite du dehors dans les phénomènes par le jeu des hypothèses et de leurs confirmations empiriques. Mais que se passe-t-il, quand rien n'échappe, dans le réel même des connexions mentales, aux lois d'un inconscient déterministe? La conditionnalité de l'enchaînement disparaît : tout est déterminé de façon fatale, au sens où la succession des causes et des effets ne peut nulle part être réorientée dans un sens ou dans un autre. Notre sentiment de spontanéité ne pèse alors pas plus lourd, selon le mot de Kant, que l'opinion d'un tournebroche sur sa liberté d'action. Il est difficile, ainsi, de concilier l'ambition déterministe, donc la réalité de lois causales contraignantes dans la vie psychique (y compris dans ses manifestations ordinairement considérées comme contingentes), et l'idée d'une guérison de la névrose qui remettrait entre les mains du malade quelque chose, un mécanisme sur lequel il pourrait agir, en opérant les choix (moraux ou esthétiques) dont Freud parlait la veille. »
Castel remarque bien le caractère métaphysique du déterminisme de Freud et ses conséquences rédhibitoires tant pour la théorie que pour la pratique thérapeutique, puisque selon Castel, une telle ambition déterministe, en privant le malade de toute possibilité de choix, le prive aussi de redevenir acteur et maître de sa propre vie après l'analyse.


Patrice Van den Reysen
8

Abus
vote down
vote up
March 12, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Réponse 2
Mais citons Freud lui-même, également :

Freud, dans « Cinq leçons sur la psychanalyse », Paris, petite bibliothèque Payot, 2001, Troisième leçon, page 53 (dans cette citation, le mot arbitraire, est relatif au libre arbitre pour Freud, c'est-à-dire à la possibilité d'un contrôle conscient) :
« Vous remarquerez déjà que le psychanalyste se distingue par sa foi dans le déterminisme de la vie psychique. Celle-ci n'a, à ses yeux, rien d'arbitraire ni de fortuit ; il imagine une cause particulière là où, d'habitude, on n'a pas l'idée d'en supposer. Bien plus : il fait appel à plusieurs causes, à une multiple motivation, pour rendre compte d'un phénomène psychique, alors que d'habitude on se déclare satisfait avec une seule cause pour chaque phénomène psychologique. »
Dans cette précédente citation, on remarque, une fois encore, comment Freud exclu de la « vie psychique », toute possibilité d'arbitraire (c'est-à-dire, pour lui, de quelque chose de soumis au contrôle du libre-arbitre, donc de la conscience), et de fortuit, (c'est-à-dire, le hasard). Mais en excluant de façon aussi explicite (et répétée dans son œuvre) le hasard au niveau d'une causalité inconsciente, Freud exclu aussi, logiquement, toute erreur de calcul que puisse faire l'inconscient, dans les déterminations qu'il imposerait à la « vie psychique ». Et ceci implique à son tour, qu'il soit également exclu tout comportement, tout fait, toute imprécision, aussi infinitésimaux soient-ils, dans ce qui pourrait constituer les déterminants de cette « vie psychique ». Ce sont de telles implications logiques, issues en droite ligne du déterminisme prôné par Sigmund Freud, qui en font un déterminisme plus laplacien encore que ne le fut celui de Laplace lui-même. Cette version du déterminisme, est entièrement réfutée par Karl Popper.
Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, page 265 :
« Je veux insister sur les analyses de « cas de nombres «, car je ne connais pas d'autres observations qui fassent apparaître avec autant d'évidence l'existence de processus intellectuels très compliqués, complètement extérieurs à la conscience ; et, d'autre part, ces cas fournissent les meilleurs exemples d'analyses dans lesquelles la collaboration si souvent incriminée du médecin (suggestion) peut être exclue avec une certitude à peu près absolue. »
Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, p.269 :
« Nous ne serons pas étonnés de constater que l'examen analytique révèle comme étant parfaitement déterminés, non seulement les nombres, mais n'importe quel mot énoncé dans les mêmes conditions. »
Freud, dans « De la psychanalyse » (1910), Œuvres complètes, Paris, P.U.F., 1993, X, p.36 (Cité par Jacques Van Rillaer, in « Le livre noir de la psychanalyse », page 417) :
« Deux obstacles s'opposent la reconnaissance des cheminements de pensée psychanalytique : premièrement, ne pas avoir l'habitude de compter avec le déterminisme, rigoureux et valable sans exception, de la vie animique, et deuxièmement, ne pas connaitre les particularités par lesquelles les processus animiques inconscients se différencient des processus conscients qui nous sont familiers. »
Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, p. 273 :
« On sait que beaucoup de personnes invoquent à l'encontre d'un déterminisme psychique absolu, leurs convictions intimes de l'existence d'un libre arbitre. Cette conviction refuse de s'incliner devant la croyance au déterminisme. »


Patrice Van den Reysen
9

Abus
vote down
vote up
March 12, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Réponse 3
Freud, ibid, page 275 - 276 (dans cette citation très importante, on remarquera comment Freud précise bien que le déterminisme auquel il croit est exclusivement psychique). On remarquera surtout le fait que Freud exclut le hasard dans toute causalité psychique. On a donc bien un déterminisme psychique absolu excluant toute forme possible d'imprécision ou d'erreur de calcul par l'inconscient. C'est la raison pour laquelle Freud et aussi Lacan estimèrent que les mots isolés ainsi que les nombres étaient les meilleurs exemples de ce déterminisme psychique absolu.
« Ce qui me distingue d'un homme superstitieux, c'est donc ceci : je ne crois pas qu'un événement, à la production duquel ma vie psychique n'a pas pris part, soit capable de m'apprendre des choses cachées concernant l'état avenir de la réalité ; mais je crois qu'une manifestation non-intentionnelle de ma propre activité psychique me révèle quelque chose de caché qui, à son tour, n'appartient qu'à ma vie psychique ; je crois au hasard extérieur (réel), mais je ne crois pas au hasard intérieur (psychique). (...) »
Le déterminisme psychique absolu est aussi apriori. Ce statut est en effet nécessaire pour pouvoir permettre une technique thérapeutique fondée sur l'interprétation des associations dites libres, puisque pendant l'analyse, selon Freud le patient doit dire tout ce qui lui passe par la tête. (Pour Jacques Bouveresse, ibid, p. 107 : « La croyance au déterminisme mental est évidemment le préalable qui justifie la confiance de Freud dans la méthode dite de l'association libre »).
Si c'est donc bien l'ensemble des associations verbales, [ou non verbales comme par exemple des dessins ou des œuvres d'art] que la psychanalyse se propose d'interpréter mais aussi d'expliquer à l'aide de ses lois causales strictes, en tant que ces associations seraient appréhendées comme libres, alors il est nécessaire pour la psychanalyse de disposer d'une théorie fondée sur un tel déterminisme permettant d'appréhender, a priori et sans aucun risque d'erreur, (puisqu'elle exclut le hasard), le libre jeu apparemment [comme Freud l'annonce] indéterminé et libre de toutes les associations verbales ou non verbales que peut faire n'importe quel patient. D'après Karl Popper, et aussi Jacques Bouveresse, aucun déterminisme de ce type, ne peut en réalité, permettre à la psychanalyse ou même à tout autre doctrine de réaliser les objectifs qu'elle se donne que ce soit sur le plan théorique, ou thérapeutique. Et comme nous l'avons écrit plus haut dans les commentaires de la définition du déterminisme prima faciae que donne Karl Popper, toute version du déterminisme qui prétendrait pouvoir réussir un projet de description à partir d'un calcul mathématiquement exact de ses conditions initiales, (donc qui exclurait le hasard, comme le fait Freud), ne peut qu'être une version prima faciae et absolue, donc non valide, et complètement inutile pour tout projet scientifique quel qu'il soit.
Le déterminisme freudien, qui éradique dans l'œuf toute créativité humaine et tout libre arbitre, n'est donc ni humaniste, ni scientifique, et ne peut qu'échouer, par nature, avant même d'avoir pu commencer. Il constitue même le postulat le plus délirant de toute la psychanalyse en l'inscrivant, dès le départ, sur un chemin diamétralement opposé à la voie de la Science. Avec une telle foi déterministe, on ne voit pas comment un esprit rationnel pourrait ranger la psychanalyse dans ce que l'on a coutume d'appeler : les « Lumières ». Il s'agit plutôt, comme le souligna Hayek, de « superstitions », ou de « mythologie », ou d'une autre méthode d'inspiration hégélienne de corruption de la Raison. Ou enfin de « magie concrète », comme le dira Timpanaro, édifiée par un gourou mégalomane et manipulateur.
Finalement, c'est sans aucun doute le mot de Schopenhauer au sujet de la philosophie hégélienne, qui conviendra le mieux à la psychanalyse (et particulièrement à celle de Jacques Lacan) : « encore un rêve de dément, issu de la langue et non de la tête ».


Patrice Van den Reysen
10

Abus
vote down
vote up
March 12, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Réponse 4 (à Francis Martens)
Concernant l'apriorisme freudien, Jacques Bouveresse (ibid, page 116), en évoquant Timpanaro, écrit :
« Timpanaro caractérise la psychanalyse comme étant « simultanément une doctrine qui n'a jamais abandonné certains principes matérialistes et une construction métaphysique et même mythologique ». Et il propose une explication marxiste tout à fait classique des raisons pour lesquelles le deuxième aspect l'a emporté de plus en plus sur le premier. Mais il ne considère pas, comme on le fait souvent, que c'est seulement dans la dernière phase de son évolution que Freud abandonné l'exigence de scientificité pour l'apriorisme. »
Il semble donc clair, que pour Timpanaro, Sigmund Freud ait opté assez tôt pour l'apriorisme métaphysique plutôt que pour la «Voie de la Science ».
Citons enfin Karl Popper :

« Un psychanalyste, au cours de longues années d'étude (...), pourra déterrer des «causes» en tout genre - (...) - enfouies dans l'inconscient de son patient. Ira-t-on pour autant jusqu'à croire que l'analyste, avec toute la science qu'il a des motifs de son patient, serait en mesure de prédire avec précision le temps que celui-ci mettra pour monter les escaliers ? Le psychanalyste affirmera peut-être pouvoir effectuer même cette prédiction, à condition de disposer de suffisamment de données. Mais il sera incapable d'énoncer les données qui seraient suffisantes à cet égard, et d'en rendre compte. Car d'une théorie qui permettrait à l'analyste de calculer le degré de précision requis des données, il n'existe pas même le soupçon. »


Le noyau dur, ou prétendu tel, de tout le corpus freudien, celui dont dépend de manière logique la théorie de l’inconscient et du refoulement, reste donc, qu’on le veuille ou non, la position de Freud au sujet du déterminisme.

Le déterminisme psychique absolu de Freud et sa théorie de l'inconscient sont donc deux objets théoriques indissociables l'un de l'autre (on pourrait même les confondre au lieu de les séparer) : le premier a été conçu pour permettre "l'existence" du second, et le second trouve sa justification et sa validation par le premier. En fin de compte, la situation est toute simple : il ne peut pas y avoir d'inconscient freudien sans déterminisme psychique prima faciae et absolu tant que la théorie de l'inconscient demeure non testable de manière empirique, indépendante et extra-clinique, puisque la prétention fondamentale de cette théorie de l'inconscient consiste en pouvoir expliquer tous les événements, les phénomènes de notre vie psychique consciente ou inconsciente sans aucune part laissée au hasard ou au non-sens psychique (tout ce que nous faisons aurait un sens, selon les freudiens, et ce sens, s'il ne peut être trouvé dans le conscient, peut toujours l'être dans l'inconscient).


3 - « Confrontée à des cas concrets, ce n'est jamais qu'a posteriori que la psychanalyse peut s'avérer «prédictive» ... Là, elle excelle à donner conjecturalement, après-coup, forme rationnelle à ce qui autrement resterait pur non-sens. »

Mettre le mot, « prédictive » entre guillemets, ne change, hélas, absolument rien au problème. Les rétrodictions demeureront toujours des rétrodictions et ne peuvent, en aucun cas être équivalentes à des prédictions. Quant aux interprétations, si on peut admettre qu’à l’endroit de la psychanalyse, elles sont souvent rationnelles, hélas encore, il y a confusion entre rationalité et scientificité d’une part, et avec le fait qu’une interprétation, toujours dans l’après-coup, dans le cas de la psychanalyse, n’équivaut jamais à une explication causale pouvant répondre, de surcroît, à un déterminisme absolu excluant tout hasard, et encore moins à une prédiction.

Si, prétendument, la théorie de l’inconscient et du refoulement avaient des valeurs prédictives en conformité avec le déterminisme dont elles dépendent, alors, ils serait envisageable, pour un thérapeute freudien, et après analyse de l’inconscient refoulé d’un de ses patients, de prédire, avec n’importe quel degré de précision stipulé à l’avance dans les mesures possibles à partir desquelles calculer les conditions initiales, n’importe laquelle des associations de mots ou de chiffres qu’un analysant formulerait.


Patrice Van den Reysen
11

Abus
vote down
vote up
March 12, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Réponse 5
4 – « Sans l'anthropologie psychanalytique, autrement dit, la condition humaine manquerait d'une clef de déchiffrement essentielle. »

Il n’y a aucune prétendue « clé de déchiffrement ». Pourquoi ? Parce que la psychanalyse ne contient aucune classification qui soit soutenue par des énoncés universels au sens strict qui aient pu être corroborés par des tests intersubjectifs, extra-cliniques, indépendants et reproductibles. Cette exigence demeurera impossible à satisfaire tant que le monde de la psychanalyse n’aura pas renoncé au déterminisme psychique absolu, prima faciae et excluant tout hasard et tout non-sens. A cause de lui, les théories de Freud n’ont aucune valeur descriptive qui ait été corroborée par des tests. Il n’y a donc pas de « clé de déchiffrement », mais juste une philosophie, dans le meilleur des cas, et, la plupart du temps, des délires qui confinent le plus souvent au ridicule si l’on en juge par l’utilisation vraiment massive et délirante que fait Freud du symbolisme, par exemple, dans l’interprétation des rêves, la « voie royale vers l’inconscient », qui plus est ! A lire, à ce sujet, le dernier livre de René Pommier : « Sigmund est fou et Freud a tout faux ». Un chef d’œuvre.



5 – « La rationalité ce cette dernière s'appuie sur la théorie de l'inconscient sexuel refoulé, laquelle - en tant que modèle d'intelligibilité - s'avère parfaitement réfutable mais non à partir de ses mises en oeuvre cliniques. »

Non. La théorie de l’inconscient freudien ou du refoulement n’est pas réfutable. Parce qu’elle dépend d’un déterminisme qui lui exclut cette possibilité.


6 – « En réalité, c'est chez tout individu que le «processus primaire» (décrit par Freud dans sa théorisation de l'inconscient) ne connaît ni temporalité, ni négation, et dès lors échappe à la contradiction. On peut y trouver, en effet, tout et son contraire. Par contre, la théorie qui avance ce qui précède (au sujet du processus primaire à l'oeuvre dans l'inconscient) est, quant elle, parfaitement rationnelle et réfutable. Elle tente de décrire la logique d'un système individuel échappant, dans une de ses parties (l'inconscient), au principe de contradiction. »

Non. Pour exactement les mêmes raisons que précédemment. Ce « processus primaire » dépend lui aussi du déterminisme freudien, lequel est rigoureusement intenable. Toute la psychanalyse dépend du déterminisme que lui a affublé Freud. Ceci est indiscutable. Mais on peut prendre le problème autrement. L’existence de ce « processus primaire » doit se comprendre, dans le contexte de son affirmation strictement dogmatique, non comme un énoncé universel au sens trict à tester, donc réfutable, mais comme un énoncé existentiel au sens strict, du genre : « il y a un processus primaire », compte tenu des observations cliniques, que moi, Freud, j’ai faites, sans aucun témoin indépendant, et sans recours au moindre test extra-clinique. Or, comme le démontre Popper dans « La logique de la découverte scientifique », tous les énoncés existentiels au sens strict, sont logiquement vérifiables et tout aussi logiquement irréfutables, donc métaphysiques et inutiles pour la science. Enfin, via la théorie de l’inconscient et du refoulement, il n’y a aucune « facettes » que cette affirmation d’un « processus primaire » ne pourrait justement éclairer. La classe des falsificateurs potentiels de cette théorie demeure désespérément vide.


Patrice Van den Reysen
12

Abus
vote down
vote up
March 12, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Réponse 6.
7 – « même si l'application du modèle expérimental ne peut être ici de mise. Ne pouvant, la plupart du temps, soumettre leur objet à la quantification sans le dénaturer pour le rendre mesurable, les sciences dites «humaines» n'en sont pas moins exposées aux démentis de la réalité et aux exigences de la logique scientifique »

Voilà bien où l’on peut en venir, à un détail près : si le modèle expérimental, conformément à ce que propose Popper est inapplicable, alors l’on a bien à faire à des théories non réfutables ou métaphysiques, et de fait, non scientifiques, voire pseudo-scientifiques. Nous ne sommes donc pas encore dans ce que Popper nommait « la logique de la découverte scientifique » qui exige bien des TESTS. Des tests « toujours renouvelés et toujours affinés » (Popper). Il n’y a pas de sciences « molles » ou de prétendues sciences « exactes », si l’on a bien compris Popper. Les sciences dites humaines ne sont pas scientifiques. Et une science, si elle est « exacte » n’en est plus une, car aucune science véritable ne peut être dotée d’énoncés universels qui soient vérifiables avec une certitude absolue, donc reposant sur un déterminisme absolu qu’il soit post faciae ou prima faciae. Par contre, l’entreprise scientifique nécessite une « inaccessible étoile », comme point de repère métaphysique pour poursuivre, justement, la « quête toujours inachevée » …de la vérité. Cette étoile inaccessible, c’est bien sûr l’idée métaphysique de la perfection et de la vérité certaine, celle qui pousse les vrais scientifiques à constamment chercher à éliminer l’erreur par conjectures et réfutations. Ainsi le hasard et le non-sens ne peuvent être exclut, a priori, comme l’aurait voulu Freud. On est bien là dans l’archétype de l’attitude anti-scientifique, on est dans l’apriorisme complet, une pensée primaire et magique (Lévy-Strauss, Timpanaro). Et une science a aussi nécessairement besoin de croire en un déterminisme prima faciae mais relatif, c’est-à-dire incertain, hypothétique. Ce déterminisme-là se concrétise dans la nécessité de faire des hypothèses testables, tout simplement. Ce déterminisme dit : « nous pensons que peut-être cet objet obéit à telles lois causales, mais il nous fait le vérifier par des tests ».


La théorie de Freud n’est pas poppérienne. En aucun cas. La méthode de travail de Freud TOURNE LE DOS, résolument, à la méthode préconisée par Popper, elle en est même l’exemple-type de ce qu’il ne faut pas faire, si l’on veut être « scientifique », c’est-à-dire, s’il veut corroborer ou falsifier empiriquement des lois ayant un pouvoir descriptif, explicatif et prédictif.

La psychanalyse n'est pas réfutable, à cause de son déterminisme. Le déterminisme de la psychanalyse et le noyau de la doctrine dans son ensemble, jusque dans son application thérapeutique, mais c’est un noyau vide, qui fait de la psychanalyse, et pour reprendre les termes de Mikkel Borch-Jacobsen, une « théorie zéro ».


Patrice Van den Reysen
13

Abus
vote down
vote up
March 12, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Freud poppérien, ou comment Jean Laplanche comprend (mal) ce qu'a écrit Karl Popper....(1)
Je reprends donc ici, (seul), ce "débat", en citant Jean Laplanche :

"Oui, je pense que souvent Freud était poppérien avant la lettre. Par exemple, il a écrit un article qui s’appelle « Une conception de la paranoïa contredisant la théorie psychanalytique de cette maladie ». Eh bien, cette description d’un cas négatif est typiquement poppérienne. Même si cette description d’un cas négatif aboutit au fait que ce cas n’est pas aussi négatif que cela, parce ce que Freud évidemment n’aimait pas beaucoup trouver des cas vraiment négatifs…"

Si donc le cas de la paranoïa n'était pas un cas "vraiment négatif", ce ne pouvait donc être un falsificateur potentiel de la théorie de la paranoïa, et, par voie de conséquence, un cas d'expérimentation "typiquement poppérien". Tous les cas "négatifs" tels que les envisage, logiquement Popper, en tant que falsificateurs potentiels d'une théorie, doivent expréssemment avoir la qualité d'être logiquement les cas les plus sévères, parce que les plus inédits, les plus riches en contenu, et surtout les plus reconnus par une communauté de chercheurs. Ce que cherchent les vrais scientifiques ce sont, non seulement des réfutations, mais encore des réfutations qui soient objectivement les plus sévères possibles, par rapport aux tests antérieurs connus, et reposant sur ce que Popper nomment, les fameux "énoncés de base acceptés". Tout est là, Monsieur Laplanche !

Les prétendues "réfutations freudiennes", que Freud aurait réalisées de manière totalement isolée, en refusant de façon explicite (dans les premières pages d'Introduction à la psychanalyse, où l'on peut lire que la psychanalyse ne peut se transmettre que par "ouï dire" !!) tout témoin indépendant, pendant le décours qui va du recueil des données cliniques à la rédaction de ses mensonges, et ce pendant toute sa vie, ont une valeur scientifique totalement NULLE.

Un "énoncé de base accepté" est un falsificateur virtuel d'une théorie, "accepté" CONSCIEMMENT par une COMMUNAUTE DE CHERCHEURS qui juge de sa validité pour décider si oui ou non, un test indépendant, empirique, et REPRODUCTIBLE sera possible compte tenu de la TRADITION de tests qui précède déjà la théorie à tester...

Aucun scientifique ne peut travailler scientifiquement de manière isolée, « à la Freud ». En S cience il y a en permanence des CONTROVERSES, Monsieur Laplanche, lesquelles, d’un point de vue logique, n’ont pas grand chose à voir avec les scissions et autres schismes qui ont émaillés l’histoire du freudisme ou de la psychanalyse. Ces controverses prennent forme grâce au rationalisme critique, lequel s’actualise concrètement par des TESTS. Mais des tests qui ont la particularité essentielle pour Popper, d’être toujours INTERSUBJECTIFS, INDEPENDANTS, EMPIRIQUES, et, j’insiste, REPRODUCTIBLES.

Ensuite, si je reprends encore vos propres termes, Monsieur Laplanche, lorsque vous affirmiez que Freud, en plus, ne réfutait pas les autres conceptions du monde, c’est-à-dire qu’il se fichait éperdument des travaux scientifiques des autres (et cela est rigoureusement vérifié par les recherches d’un Mikkel Borch-Jacobsen pour ne citer que lui…), je vous demande de me dire où donc se trouve cette prétendue façon de travailler si typiquement poppérienne que vous avez vu dans l’œuvre de Sigmund Freud ?!

Si d’aventure on pouvait, comme Freud, faire de prétendues « réfutations » non contrôlées par qui que se soit, à aucun moment de sa non moins prétendue « recherche », et se dire en plus « scientifique », comment garantir que les énoncés de base testés, ne sont pas des accidents, et qu’ils perdent, de ce fait, toute possibilité d’être soumis à des tests que d’autres peuvent reproduire ?! C’est pourtant ELEMENTAIRE, Monsieur Laplanche ! Et cela Popper, n’a pas cessé de la marteler, c’est le moins que l’on puisse dire…

14

Abus
vote down
vote up
April 12, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Freud poppérien, ou comment Jean Laplanche comprend (mal) ce qu'a écrit Karl Popper....(2).
La question que je me pose, dès lors, Monsieur Laplanche, c’est COMMENT avez-vous lu Popper ? Comme un analyste, je pense…Mais quand sortira-t-on enfin de cette ignorance crasse qu’ont les freudiens de l’épistémologie, matière aride et rigoureuse, bien plus difficile d’accès, il est vrai, que les contes de fées de Sigmund Freud.

Mais n’en restons pas là. Je vais avoir le plaisir maintenant, de vous citer un grand scientifique, un vrai, en la personne du Professeur Allan Hobson, grand neurobiologiste du rêve et qui nous légué un livre qui s’intitule « Le cerveau rêvant ». Après le travail philosophique de Grünbaum sur les prétentions freudiennes à valider la théorie du refoulement grâce à la méthode des associations libres, dans « La psychanalyse à l’épreuve », où Grünbaum nous démontre que tout le corpus freudien n’est plus qu’un champ de ruines, que va-t-il rester à Freud, si un Hobson démontre en plus que sur la plan scientifique, il ne reste encore moins que rien à Freud. Sachant que Freud avait accordé pendant toute sa carrière sans aucune évolution véritable dans ses théories, (contrairement à ce qu’il à voulu laisser croire, lui, et ses disciples chargés de maintenir ses légendes), une importance CRUCIALE, sinon VITALE pour toute la psychanalyse, à la valeur de ses théories sur les rêves.

Hobson, sur le statut scientifique de la psychanalyse, page 80 :

« Freud remarque que certains médecins d’une université américaine non citée refusent déjà à la psychanalyse un caractère scientifique, parce qu’elle ne peut apporter de preuve expérimentale de ses postulats (1932). Il réplique en dressant un parallèle entre l’astronomie et la psychanalyse. Personne ne reprochant à l’astronomie et la psychanalyse de n’être pas scientifique parce qu’elle éprouve des difficultés à faire des expériences sur des corps célestes, il est donc injuste – aux yeux de Freud – de critiquer la psychanalyse parce qu’elle ne fait pas d’expériences sur l’esprit inconscient et ses idées. Si Freud a raison d’observer qu’en psychanalyse comme en astronomie on se trouve limité aux observations à distance, son analogie passe au-dessus deux critères fondamentaux de la science : la mesure et la prévision. L’astronomie effectue les deux, la psychanalyse aucune. »

J’ai expliqué, ici même, en décortiquant le postulat (intenable et délirant) du déterminisme psychique absolu et prima faciae, pourquoi il était rigoureusement impossible à tout psychanalyste de faire et des mesures, et des prédictions en respectant bien sûr à la lettre les terribles injonctions freudiennes sur ce même déterminisme, sans lesquelles ce n’est pas la théorie de Freud que l’on teste, donc la psychanalyse. Je n’y reviendrais donc pas.

15

Abus
vote down
vote up
April 12, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Freud poppérien, ou comment Jean Laplanche comprend (mal) ce qu'a écrit Karl Popper....(3).
Mais j’ai une envie (folle ?) d’enfoncer le clou, grâce à Hobson. Je le cite page 78 :

« (…) Son idée de la répression [le refoulement] découle, à son tour, d’une image erronée du système nerveux. Ce n’est pas un Freud impartial qui la conçoit, après avoir collationné systématiquement les relations de rêves de nombreux sujets. La théorie psychanalytique du rêve est donc largement spéculative, c’est une théorie a priori […]. Et, même si on tient compte de cet aspect, on trouve qu’elle ne repose sur aucune preuve, ou presque. Toutes les données de l’Interprétation des rêves sont subjectives : la plupart des rêves envisagés sont ceux de Freud lui-même ; ou alors ce sont des comptes rendus de seconde main ; et aucun n’est soumis à un traitement quantitatif. Deuxièmement, la théorie psychanalytique n’est pas construite selon une logique qui la rende susceptible de vérification expérimentale. En fait, les psychanalystes n’ont jamais défini quelle sorte de preuve pourrait infirmer leur théorie. Il n’est donc pas surprenant que, en presque quatre-vingt-dix ans, la théorie des rêves de Freud n’ait donné lieu à aucun test critique expérimental. »

Je ne suis pas, bien entendu, le premier à avoir repéré que la psychanalyse n’est qu’un apriorisme, c’est-à-dire quelque chose d’anti-scientifique, qui relève plus de la « magie concrète » (Lévy-Strauss). Mais c’est un apriorisme ABSOLU en ce qu’il exclut tout hasard et tout non-sens, dans toute causalité psychique et même au-delà concernant l’homme. Le spectre du déterminisme délirant de Freud revient donc toujours par la fenêtre…

Une dernière citation (je ne peux, hélas, citer tout le livre), page 67 :

« Il est exact que l’interprétation des rêves fondée sur la physiologie est difficile, pour ne pas dire impossible ; mais le reconnaître signifie seulement que ce travail d’interprétation doit être précautionneux ; ce n’est certainement pas une raison pour rejeter une théorie physiologique [comme l’a fait Freud]. Les théories physiologiques doivent se développer ou s’effondrer selon leurs mérites propres ; et, tant qu’elles subissent avec succès l’examen scientifique, elles obligent à réviser toute théorie psychologique qui les nie, les ignore ou s’y oppose. Ainsi, l’hypothèse de Schopenhauer sur le stimulus interne doit être considérée aujourd’hui comme encore plus solide que lorsqu’elle fut émise, quelque quarante ans avant que Freud ne la rejette. »


Bien cordialement.

Patrice Van den Reysen.
16

Abus
vote down
vote up
April 12, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: CONCLUSION GENERALE.
Que conclure de cette stratégie de l'omerta employée ici par ceux à qui sont adressés mes messages ? Qu'ont-ils à répondre à mes arguments ? Peuvent-ils seulement y répondre quelque chose ?

Il y a pourtant une réponse, à l'endroit de Sigmund Freud :

LE ROI EST NU.
17

Abus
vote down
vote up
April 16, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Jean Laplanche et la "sexualité infantile". (1)
Jean Laplanche :

« Oui, bien sûr. L’adulte lui-même est ignorant de la sexualité infantile qu’il véhicule. Tout au moins dans les cas mineurs, dans les cas normaux ou névrotiques. Je ne parle pas des cas psychotiques, pervers, où la sexualité infantile fait explosion dans le comportement, ce qui est un tout un autre cas. »

Commentaire :

Les plus récentes études scientifiques sur le refoulement tel que l’entrevoyait Freud démontrent aujourd’hui clairement que le refoulement n’existe tout simplement pas. C’est une donnée sans aucun fondement. Les scientifiques qui ont sérieusement étudié cette question corroborent la théorie selon laquelle tout ce qui est appris dans la prime enfance est irrémédiablement perdu, d’une part, et d’autre part, que les traumatismes que l’on « refoulent », sont en refoulés de manière tout à fait consciente. Donc, nul besoin d’avoir recours à une quelconque théorie du refoulement comme agent pathogénique totalement inconscient qui serait la cause univoque, ou « unaire », pour reprendre les termes mathématiques employés dans la traditionnelle esbroufe lacanienne, des prétendues « névroses » ou psychoses d’un individu.

Il n’y a pas de sexualité infantile telle que Freud et les psychanalystes la décrivent à partir de ce dogme délirant qu’est le « Complexe d’Œdipe ». Pour plusieurs raisons, donc certaines d’entre elles ont déjà été décrites par Pierre Debray-Ritzen, dans son livre « La psychanalyse cette imposture ». Ce n’est que par l’utilisation d’un symbolisme tout aussi flasque que délirant que Freud n’a pu retrouver que ses propres fantasmes de sexualité infantile dans les quelques très rares cas qu’il a pu vraiment observer, sachant que la plupart d’entre eux ont été purement et simplement inventés, ou bien que les comptes rendus cliniques de Freud ne sont que des confabulations plus ou moins géniales d’un point de vue rhétorique, il faut bien le reconnaître. Sigmund Freud n’a jamais élaboré aucun test indépendant, extra-clinique, empirique et reproductible, sur la base d’observations rigoureusement quantifiées et classifiées, qui lui auraient permis de prouver des liens de cause à effet, entre les implications logiques du symbolisme dont il fait usage, et les faits cliniques qui peuvent y être corrélés.¨

Pierre Debray-Ritzen : « On sait combien se prend et se fige en nous une croyance ; comment elle s’engraisse en interprétant chaque nouveau fait, en l’assimilant, en faisant de lui sa propre substance…Ainsi l’idée fausse et toute faite projette-t-elle sa propre lumière en aveuglant toute autre notion qui pourrait la contredire. »
18

Abus
vote down
vote up
April 16, 2008
Votes: +0
Patrice Van den Reysen: Jean Laplanche et la "sexualité infantile". (2)
Freud nous demande de le croire sur parole, en permanence. Il est le « Dichter » (Borch-Jacobsen ; « Le sujet freudien », 1980) de sa propre doctrine. Il compte uniquement pour nous convaincre, que sur le sens commun et sa logique inductive et aussi sur les effets que peuvent créer les formules et autres descriptions de symboles qu’il utilise. Mais de preuves scientifiques contrôlées il n’y en a point. Pas une seule et unique fois dans toute son œuvre.

« Complexe d’Œdipe » ? Les freudiens en voient des confirmations dans chaque cas qu’ils observent. Mais ces confirmations ne sont que des faits qui sont lus à la lumière de la théorie qui justement permet de les élucider. Comment ça marche ?

1° Cas : je n’ai pas parlé à un enfant du complexe d’Œdipe, mais il est assez âgé pour en comprendre les rudiments. Je lui montre des « preuves » dans son comportement. Réponse possible de l’enfant : « aahh oui, c’est vrai ! ». Qu’ai-je fait en réalité ? Lorsque je lui montre ces « preuves » je lui suggère déjà de comprendre ce que se passe dans un certain sens qui n’est autre que celui de ma propre théorie. Les faits qu’il admet ne lui donc été que suggérés (parfois de façon plus ou moins habile), et ne sont donc aucunement « prouvés » de manière indépendante.

2° Cas : j’observe un enfant qui n’est pas en âge de comprendre les rudiments du Complexe d’Œdipe. Je l’observe, et je retrouve inévitablement des confirmations de ce que je cherche. Il est pratiquement impossible de ne pas les trouver, puisque dans ce cas, j’interprète (consciemment ou pas…) les faits en fonction de mes préjugés de départ. Comme il n’y a aucune variable indépendante manipulée de manière rigoureuse, personne ne peux m’objecter que si je n’ai pas trouvé ce que je cherche, ce serait par manque de chance.

3° Cas : supposons que l’on définisse une variable indépendante à manipuler et des conditions initiales d’un test permettant de mettre à l’épreuve la théorie du Complexe d’Œdipe. Ce test sera-t-il conforme à la théorie de l’inconscient de Freud laquelle se fonde sur un déterminisme psychique absolu, excluant a priori tout hasard et tout non-sens ? Quel est donc le genre de mesures qu’il faudrait calculer pour définir le degré de précision requis dans les conditions initiales, afin de nous assurer, avant le test, que les données inconscientes qui régissent le Complexe d’Œdipe chez un enfant, sont maîtrisées avec « suffisamment » de précision ? Réponse : il est logiquement impossible, comme le démontra Karl Popper, qu’un tel projet de prédiction puisse satisfaire au « principe de responsabilité renforcé », à savoir, rendre compte, avant la prédiction, ne n’importe quel degré de précision dans les mesures possibles à partir desquelles calculer le degré de précision des conditions initiales.

Le « Complexe d’Œdipe » n’est qu’une vaste blague, tout comme la théorie du refoulement, ou celle plus scandaleuse encore de la théorie de la séduction où Freud s’y prend comme un chef pour tirer bénéfices d’une bévue aux conséquences catastrophiques pour la psychanalyse, mais grâce à d’incroyables triple saltos rhétoriques tout aussi frauduleux les uns que les autres.

Jean Laplanche :

« Il y a là quelque chose qui est en train de se modifier profondément. Il y avait un cadrage strict, pendant une période historique relativement limitée, mais ce cadrage est devenu de plus en plus obsolète. »


Jean Laplanche :

« Oui, mais il ne faut pas exagérer. L’Œdipe a encore une prégnance formidable, il est encore l’essentiel de la plupart des séances psychanalytiques. Il faut donc être très modeste dans ce qui est prospectif. C’est à long terme que l’Œdipe deviendra une structure de plus en plus inefficace. »

En lisant ces lignes on constate que rien n’a changé des premiers aux derniers dogmes freudiens pendant un siècle. La théorie du « Complexe d’Œdipe » n’a jamais été « efficace », d’une efficacité corroborée par des tests scientifiques. Dès le départ elle est obsolète et ne peut donc prétendument devenir « inefficace ». Désinformation que tout cela.

A lire : « Le dossier Freud. Enquête sur l’histoire de la psychanalyse » (Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani) et « Mensonges freudiens. Histoire d’une désinformation séculaire », (Jacques Bénesteau).
19

Abus
vote down
vote up
April 16, 2008
Votes: +0

Ecrivez un commentaire (les commentaires anonymes sont supprimés)
Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur

security image
Entrez les caractères affichés


busy
 
< Précédent   Suivant >