Yves Leterme et les trois leçons d’un lapsus

Ce texte est paru dans Le Soir du 24 juillet 2007

Ce 21 juillet, jour de fête nationale, invité par un journaliste à chanter la Brabançonne, Yves Leterme, représentant des intérêts flamands et formateur du gouvernement, entonne l’hymne national français !

Ce lapsus provoque tout d’abord un immense éclat de rire. Mots d’esprit de l’inconscient, il apporte un souffle de vent frais dans l’air confiné d’une cérémonie, le Te Deum, image d’une Belgique qui n’existe pas. Il est bien des manières de rappeler que le roi est nu, ce qui n’est d’ailleurs nullement le propre des royautés. Quand le morne corset du politiquement correct étouffe ou endort, la vérité se fait fort d’émerger là où on l’attend le moins, donc le plus. Telle est la leçon de la vie.

Ensuite se pose la question de l’interprétation. Comment comprendre un tel lapsus ? A ce sujet, la psychanalyse rappelle que si le lapsus exprime un désir inconscient, seul l’auteur du lapsus est à même de l’interpréter. Yves Leterme souhaite-il rattacher la Belgique à la France ? Veut-il éviter d’être premier ministre ? Se prend-il pour Sarkozy ? Est-il amoureux d’une marseillaise ? A-t-il la folie des grandeurs ? Toutes ces questions peuvent tout au plus en dire quelque chose sur celui qui les pose… Toute interprétation extérieure, fut-elle d’un analyste, est sauvage, violente et fausse. Seul l’auteur d’un rêve, d’un lapsus, d’un acte manqué est à même de l’interpréter, c’est à dire d’en tirer les leçons… pour autant qu’il le veuille…. C’est à dire pour autant qu’il estime que cela vaut la peine d’être à l’écoute de son inconscient.

Et ceci rejoint la troisième leçon du lapsus, une leçon dont tout le monde peut profiter : un lapsus public vient rappeler avec force que chacun d’entre nous, même le plus sérieux, est aux prises avec les tumultes de ses désirs inconscients lesquels ne se laissent jamais mettre en cage. Pointes d’icebergs, faute d’être pris en compte, ils provoquent des naufrages. Au plan d’un pays, cela rappelle que le gouvernement des hommes, basé sur la seule gestion rationnelle et consciente, est complète illusion. Mais seuls les gestionnaires sont déçus que les hommes ne soient pas des machines.

L’internaute qui a envoyé l’image peut se faire connaître afin que ce qui appartient à César…