La psychanalyse peut-elle m’aider à me libérer ?

Souvent, face à des étudiants auxquels je présente la compréhension psychanalytique de la psyché, je rencontre toutes sortes de regards : ceux dans lesquels brille une étincelle qui m’informe que ma parole a rencontré un écho intérieur, ceux qui expriment du scepticisme, de l’incrédulité ou carrément de l’hostilité.

L’analyse n’est-elle pas réservée à une sorte d’élite intellectuelle ?

Ne faut-il pas être intelligent, avoir une réelle créativité, une certaine culture pour accéder à ce type de thérapie ? D’ailleurs lorsque qu’on lit des récits d’analyse, je note que les personnes interrogées sont toutes issues d’un milieu plutôt « intello » (journaliste, médecin, énarque, inspecteur des impôts…), peu de manœuvres, ouvrières d’usine ou de maçons !

La question présuppose que le genre d’activité qu’on peut s’attendre à pratiquer durant une analyse, serait d’ordre intellectuelle. Il est vrai que la lecture de la plupart des livres publiés par les psychanalystes, ouvrages en général relativement incompréhensibles, laisse penser qu’il en va de même pour les séances de psychanalyse, qu’y participer demande à tout le moins une capacité de compréhension hors du commun. Ce point de vue est tout à fait erroné, de même qu’il est faux d’affirmer que la patientèle des cabinets d’analyste se limite à une certaine catégorie sociale de la population (Je fais partie des ces analystes qui travaillent « en milieu rural », et j’accueille aussi bien des éleveurs que des enseignants, et, du point de vue psychanalytique en tous cas, ils ne sont pas mieux lotis les uns que les autres, ou pas moins capables de se confronter au processus analytique).

Une psychanalyse, Pourquoi ? Comment ?

Ils ou elles ne sont pas malades au sens organique du terme. Pas de fièvre, pas de sang, pas de douleurs physiques. Enfin pas toujours. Les examens réclamés par le médecin généraliste, puis par le spécialiste consulté sur recommandation du premier, se sont révélés négatifs. En apparence donc, tout va bien. Mais au fond, ils ou elles sentent bien que  « ça ne va pas ». Ils ou elles éprouvent par exemple d’étranges sensations de mal-être, des crises d’angoisses sans explication, des paniques sans motif apparent. Ils dorment mal ou font d’horribles cauchemars. Elles hésitent sans cesse pour accomplir les actes les plus insignifiants ou restent des heures plongées dans des abîmes de perplexité. Ils ou elles se déclarent notoirement « peu satisfaits » par leur vie sexuelle. Ils ou elles se disent en outre « victimes » d’emportements aussi intempestifs qu’inexplicables avec leur entourage proche. Des ratages incontrôlés dans leurs relations professionnelles ou privées empoisonnent leur vie au quotidien. Alors, pourquoi pas une psychanalyse ?

La psychanalyse est-elle dangereuse pour les enfants ?

« La psychanalyse est-elle dangereuse pour les enfants ? » se demandent certains. Personne ne souhaite qu’un enfant fasse une mauvaise rencontre, la question est donc bien légitime. D’où l’importance de mieux comprendre ce qu’un analyste fait avec un enfant, parfois très jeune. Le couche-t-il sur un divan ? Mais non bien sûr !

Ce que je dis à un psychanalyste, reste-t-il confidentiel ?

Cette question touche un point d’éthique qui fonde ma pratique, la pratique de la psychanalyse. Car, y a-t-il aujourd’hui d’autres lieux où se garantit la confidentialité de la parole énoncée ? Dans nos sociétés modernes, où le phantasme de transparence rejoint la pratique de l’évaluation statistique, même le secret médical est contesté, et on y parle de la nécessité d’un « secret partagé » avec les services sociaux.

Que penser de l’expression « faire son deuil » ?

Tiré de mon expérience professionnelle où je rencontre des veuves et orphelins de sapeurs-pompiers, je pense intéressant d’aborder le thème de la culpabilité au cours du travail de deuil. En effet, la culpabilité à se reconstruire sans le conjoint décédé, à reprendre vie, à retrouver le plaisir, reste le sentiment dominant. On entend aussi, assez souvent, l’endeuillé exprimer l’idée qu’il a tué le mort. D’où nous viennent ces idées, ces fantasmes ? Quel rapport existe-t-il entre travail de deuil et culpabilité?