Le projet de loi sur le titre de psychothérapeute divise

Ricardo Gutierrez | Le Soir | le 28-02-2006

 

Les psychanalystes contestent le texte qui doit réguler la profession. Le ministre se dit prêt à discuter.

 

Gros émois dans les rangs des psychanalystes du royaume. Ils sont à peine remis du Livre noir qui fustige leur spécialité. Les voici en guerre, par voie de lettre ouverte, contre le projet de loi qui entend réglementer, en Belgique, les professions de la santé mentale.
L’avant-projet du ministre fédéral de la Santé, Rudy Demotte (PS), prévoit d’habiliter trois catégories de professionnels « à exercer de façon autonome en matière de santé mentale » :
– les psychiatres, neuropsychiatres ou pédopsychiatres ;
– les cliniciens, diplômés universitaires en psychologie, sexologie ou pédagogie cliniques ;
 
une formation théorique complémentaire agréée et disposent d’une pratique clinique de trois ans au moins en psychothérapie (certains assistants sociaux, logopèdes, psychomotriciens, conseillers conjugaux…).
C’est dans cette dernière catégorie que seraient versés les psychanalystes qui ne sont pas en même temps titulaires d’une qualification de médecin psychiatre ou de clinicien. « C’est regrettable, car le ministre ne tient pas du tout compte de la spécificité de la formation des psychanalystes, réagit le psychiatre liégeois Christian Dumoulin, auteur de l’essai La psychanalyse, une thérapeutique ? (éd. Champ Lacanien). Nous ne contestons pas la volonté ministérielle de réguler la profession, mais bien la manière… On part du principe que seules les universités sont aptes à former les psychothérapeutes, sur un mode scolaire, marginalisant ainsi la filière psychanalytique qui repose sur un parcours personnel. L’erreur des autorités consiste à croire qu’on devient psychothérapeute en acquérant un savoir, alors qu’il s’agit essentiellement d’une position éthique qui ne s’acquiert pas forcément par une formation de type scolaire. »

 

Un « Conseil supérieur »
Auteur d’un rapport officiel récent qui a confirmé l’efficacité scientifique de la psychanalyse, Isidore Pelc « n’imagine pas, dit-il, que le ministre en vienne à exclure les psychanalystes… Mais je n’imagine pas non plus que les autorités accordent l’exercice de l’art de guérir à des professionnels qui n’ont pas des connaissances minimales en neurosciences ou en pharmacologie ».
Le professeur Pelc rappelle que le projet de loi prévoit d’instaurer un « Conseil supérieur des professions de la santé mentale » qui intégrera des psychanalystes et qui pourrait, le cas échéant, accorder des dérogations à certains psychothérapeutes reconnus qui ne répondent pas strictement aux critères légaux.
Au cabinet Demotte, on tempère l’ardeur des 300 signataires de la lettre ouverte au ministre : « Nous avons tenu à diffuser largement cet avant-projet qui sera prochainement rediscuté avec la profession dans le cadre d’un colloque… Il n’est pas question d’exclure qui que ce soit, mais bien de réguler la profession. Dans l’intérêt de tous. »
 
La psychanalyse en manque de reconnaissance
La Fédération des associations belges de psychanalyse a adressé une lettre ouverte au ministre fédéral de la Santé, Rudy Demotte. Extraits…
 
Comme psychanalystes, nous sommes (…) étonnés que vous n’accordiez aucune reconnaissance spécifique à notre discipline alors que cela fait plus d’un siècle que (…) nous formons et assurons la transmission de la psychanalyse qui (…) est aussi une méthode reconnue de psychothérapie.
 
Pouvez-vous concevoir la formation des psychothérapeutes sans prendre en compte la spécificité de la formation chez les psychanalystes (qui) ne peut être assurée comme telle par les universités ?
Nous regrettons vivement d’avoir été à peine impliqués dans la concertation. Permettez-nous (…) de réitérer notre demande de donner à la psychanalyse la place légitime qui lui revient.
 
Texte intégral sur www.squiggle.be