Les victimes collatérales du JT

Les enfants de quatre ans qui regardent le journal télévisé présentent deux différences majeures par rapport à ceux qui ne le regardent pas(1) : ils ont d’abord tendance à s’imaginer beaucoup plus souvent en situation de victime, mais lorsqu’on les invite à privilégier une posture parmi plusieurs, ils plébiscitent celle de redresseur de tort. Cette étude confirme celles qui indiquent que le profil rêvé de la majorité des jeunes français est le héros humanitaire. Mais « rêver » d’être un tel héros est souvent une façon de tenter d’échapper à un présent angoissant. Et tel est bien la situation de tous les enfants qui s’imaginent victimes. Rien ne prouve pourtant que ce soit le fait de regarder les actualités télévisées qui produisent cet effet, car le fait de laisser un enfant regarder ces programmes peut être un élément parmi d’autres d’un système d’interactions familiales susceptible de générer une posture victimaire chez un enfant. Cette posture, et le fait de regarder les actualités, seraient alors deux conséquences parallèles d’un certain système éducatif.

Les chercheurs semblent malheureusement plus intéressés à étudier les conséquences des images quand elles s’exercent dans le sens des comportements antisociaux que dans le sens de la dépression ou de la soumission, et pourtant, ce danger est tout aussi grand.

 

Tisseron S. et collègues, étude menée en 2007 et 2008 sur trois écoles maternelles de Paris, Argenteuil et Gonesse (95). (A paraître).