L’un y croit, l’autre pas [Alain de Mijolla et Jacques Van Rillaer]

Alain de Mijolla et Jacques Van Rillaer s’entretiennent avec Ursula Gauthier pour Le Nouvel Observateur (01-09-2005)

Alain de Mijolla, historien de la psychanalyse et Jacques Van Rillaer, défenseur des thérapies comportementales et cognitives, un des leaders de la contestation antifreudienne s’expriment à l’occasion de la sortie du Livre noir de la psychanalyse.

 

Le Nouvel Observateur. – Au cours de son histoire, le freudisme a été l’objet de contestations diverses, de nature philosophique, politique, épistémologique, psychiatrique… Aujourd’hui, ce sont sur les aspects historiques que se concentre de plus en plus la critique. Pourquoi cette focalisation sur la genèse du mouvement?

Jacques Van Rillaer. – Parce que l’histoire est au centre de la psychanalyse. Sigmund Freud l’a toujours dit: pour comprendre la psychanalyse, il faut faire son histoire. Or les psychanalystes présentent leur discipline comme une création ex nihilo du cerveau de Freud. Ils tiennent Freud pour absolument inaltérable et indépassable – ce qu’on ne retrouve dans aucune discipline scientifique. Un créateur aussi grandiose ne pouvait laisser insensibles les historiens. De fait, après les hagiographes, un historien indépendant, Henri Ellenberger (1), s’est penché sur la question dans les années 1970. Et ce qu’il a découvert est sensationnel. Ellenberger a mis en lumière tout ce que la psychanalyse emprunte, sans trop l’avouer, à la pensée de son époque, notamment au Viennois Moritz Benedikt et au Français Pierre Janet. Par ailleurs, en faisant un travail de détective sur le fameux cas Anna O. présenté comme le cas fondateur de la psychanalyse, Ellenberger a fait une découverte renversante dans les archives d’un sanatorium suisse: non seulement la fameuse «cure par la parole» n’avait pas guéri cette patiente «de tous ses symptômes», ainsi que l’a toujours affirmé Freud, mais elle était devenue gravement morphinomane et avait dû être placée dans une clinique psychiatrique! Depuis, bien d’autres travaux ont été publiés dont il ressort que, sur le front de la théorie comme sur celui de la clinique, les résultats de Freud sont largement surestimés. Et pourtant, on continue de chanter son génie sans égal, on s’extasie devant sa «découverte» de l’inconscient, on l’admire pour avoir été «le premier» à parler librement de sexe, on lui prête des guérisons merveilleuses. Bref, on croit en Freud comme on croit dans les Evangiles.

Alain de Mijolla. – Quand vous dites «on», j’aimerais savoir de qui vous parlez. Evitons les amalgames. La psychanalyse n’est pas un monolithe, il existe de nombreuses sociétés de psychanalystes, de nombreuses théories issues du freudisme. C’est cette très riche fermentation que j’ai voulu illustrer dans le «Dictionnaire international de la psychanalyse» (Calmann-Lévy, 2002) auquel ont contribué freudiens, jungiens, adlériens, férencziens, kleiniens, lacaniens, etc. Pour nous tous, Freud n’est évidemment pas une idole, c’est un homme qui a commis des erreurs et des fautes. Mais cessons de nous obnubiler sur les quelques patients les plus connus et de ratiociner sur Anna O., qui n’a jamais été traitée par Freud. N’oublions pas qu’il a traité des centaines, voire des milliers de patients, même s’il n’en a cité que six ou sept. En tout cas, aucun d’entre eux n’a éprouvé le besoin de le poursuivre pour faute médicale en quarante ans d’exercice. J’aimerais aussi plus de précision chronologique. En 1900, personne ne saluait le génie de Freud. Le succès viendra après des années de travail acharné. Après-guerre, aidée par le charisme de Jacques Lacan, la psychanalyse connaît une expansion extraordinaire. Depuis, elle a retrouvé des proportions plus normales. Ce qui compte, ce sont les millions de personnes qui ont trouvé enrichissantes ces conceptions et ces pratiques qui permettaient pour la première fois un rapport différent avec les patients, fondé sur l’écoute. Nous avons compris avec Freud qu’il y avait plus à gagner à faire une étude sur soi-même qu’à se précipiter sur les symptômes pour les éradiquer au plus vite. La guérison n’a d’ailleurs jamais été son but, mais un bénéfice secondaire qui advenait au détour du parcours analytique.

N. O. – Quel était son but?

A. de Mijolla. – L’autoanalyse, c’est-à-dire rechercher à l’intérieur de soi les processus inconscients, pas à pas, en tâtonnant. Cette entreprise majeure s’est poursuivie tout au long de sa vie. Il y a trouvé quelque chose qui lui a servi, et qui nous sert aujourd’hui. Aucune recherche au monde, en quelque domaine que ce soit, ne peut se faire à mon avis sans cette plongée au fond de soi-même, dans le réservoir de l’histoire intime de ses sensations, ses amours et ses haines. Chaque individu doit refaire son histoire, mais en sachant qu’elle est toujours faussée. Dans mon livre «Préhistoires de famille» (PUF, 2004), j’ai titré le premier chapitre en hommage à Cocteau «Un souvenir est un mensonge qui dit toujours la vérité». Il en va de même pour l’Histoire des historiens: elle n’est pas plus à l’abri de cette ambiguïté, car aucun fait n’échappe à la contradiction des témoignages.

J. Van Rillaer. – L’idolâtrie vouée à Freud n’est guère contestable. Je vous suggère d’ouvrir n’importe quelle revue de psychanalyse, il en existe des dizaines. Vous verrez Freud cité à longueur de page, tout comme les Ecritures saintes sont citées dans les ouvrages de théologie. J’ai moi-même cru à la psychanalyse, j’ai fait ma thèse de doctorat sur Freud, j’ai été psychanalyste. Je m’en suis détaché petit à petit, comme dans une déconversion religieuse. Ma rencontre avec l’Histoire y est pour quelque chose. J’avais entrepris des recherches pour un livre qui devait s’intituler «Science et illusions en psychanalyse», j’ai découvert que toutes ces notions qu’on tient pour freudiennes – l’inconscient, la libido, le refoulement, la sexualité infantile, etc. – étaient à attribuer à d’autres, à Schopenhauer, à Nietzsche, à Albert Moll… Même le lapsus – qui pour beaucoup aujourd’hui ne peut être que «freudien» – avait déjà fait l’objet de plusieurs ouvrages et d’un numéro spécial de la «Psychological Review». Hans Gross, le père de la psychologie judiciaire, qui s’en servait pour détecter les faux témoignages, en parle dès 1880! Ce genre de déconvenue est à l’origine de nombreux travaux d’historiens critiques.

A. de Mijolla. – J’ai pour ma part rencontré Montaigne à l’âge de 15 ans, et il est resté mon maître à penser. J’ai débuté mon analyse après avoir passé l’internat des hôpitaux psychiatriques. Depuis, j’ai accompagné le mouvement sans jamais devenir «un croyant». J’estime que les idées de Freud nous conduisent à une mise en doute systématique, à la Montaigne, de tous les phénomènes psychiques et de toutes les explications qui leur sont données – un doute non pas étroit, mais au contraire ouvert sur un questionnement infini… C’est pourquoi je vous envie parfois d’avoir des croyances si fermes, des méthodologies si solides. Mes convictions sont moins confortables. A mes yeux, la psychanalyse avec un petit p est un ensemble d’hypothèses sans cesse remises en question, très loin du culte d’une idole ou d’une discipline dressée comme un monument sur son socle. Ceux qui croient à la psychanalyse comme à un dogme finissent un jour par se rebeller contre elle, et ils se montrent aussi dogmatiques dans leurs attaques qu’ils l’ont été dans leur adoration.

N. O. –Y a-t-il du dépit amoureux chez les historiens critiques? Ne semblent-ils pas s’acharner à démolir un mythe, à brûler ce qu’ils ont adoré?

J. Van Rillaer. – Au départ, je pense qu’ils étaient tout sauf animés d’un dépit vengeur. Ceux que je connais sont des universitaires sérieux, qui menaient leurs recherches en toute bonne foi et parfois en toute sympathie. Ils sont tombés sur une espèce de pot aux roses qui les a fait complètement changer d’avis. Par exemple Han Israëls, de l’université de Maastricht, si peu critique qu’il a été autorisé à fouiller dans les archives Freud à Londres, a été choqué en découvrant fortuitement un mensonge caractérisé de Freud à propos de la cocaïne: alors même qu’il avoue dans ses lettres à sa fiancée que l’ami morphinomane qu’il traite avec de la cocaïne va de plus en plus mal, souffre d’idées délirantes – ce qui oblige Freud à le veiller la nuit –, au même moment il n’hésite pas à affirmer dans une publication scientifique que la cocaïne est un excellent remède contre la morphinomanie! Un autre historien des sciences, Frank Sulloway, partant de prémisses favorables à la psychanalyse, se demande pourquoi tous les cas présentés par Freud sont des échecs. Et il est le premier étonné en découvrant que Freud n’a jamais réussi à guérir un patient réellement malade. En fait, son activité clinique s’est progressivement détournée des troubles obsessionnels, des agoraphobies et autres problèmes difficiles, pour s’orienter vers ce qu’on appelle l’analyse didactique – celle qu’il impose à tout candidat au titre de psychanalyste voulant être reconnu par lui.

A. de Mijolla. – Pour ma part, je replace l’épisode de la cocaïne dans le contexte humain de la tentative d’un jeune homme de 28 ans désireux de gagner assez d’argent pour mettre un terme à ses longues fiançailles avec Martha. Freud était encore un étudiant pauvre dépendant de l’aide financière de ses demi-frères et des institutions juives. Sans doute a-t-il eu des périodes d’angoisse par rapport à l’argent. Il avait lu dans plusieurs revues scientifiques que la cocaïne était utilisée avec succès en Amérique. Qu’il ait espéré tirer gloire et succès de l’importation de ces idées, qu’il les ait appliquées trop hâtivement à son ami, ce n’est pas niable, mais vous oubliez de souligner qu’il a rapidement fait marche arrière. Quand on fouille les poubelles de l’histoire, on trouve des comportements que réprouve la morale bourgeoise du XIXe siècle. Ce n’est pas la fréquentation de ces poubelles qui me choque – j’en ai remué quelques-unes moi-même –, mais les remarques malveillantes que l’on en tire. Et l’anachronisme total de ce genre d’observations! De même, certains critiques insistent sur la différence qui existe entre les écrits publiés et les lettres. C’est oublier que les publications, comme leur nom l’indique, sont destinées à un public qu’il faut à tout prix convaincre, voire séduire, pour affermir sa propre réputation. Je ne pense pas que cette attitude soit réservée au seul Freud…

N. O. – Les historiens sont-ils d’accord pour reconnaître que ces cas célèbres sont discutables, qu’ils ont été présentés de façon biaisée?

A. de Mijolla. – Dans les années 1980-90, j’ai moi-même discuté en détail toutes ces erreurs et ces distorsions – elles sont repérées depuis longtemps – dans un séminaire et un cours public consacrés à l’histoire de la pratique de Freud. Je n’approuve pas ces écarts, mais chaque cas était pour Freud l’occasion de présenter ou d’approfondir une notion. Le texte qu’il a tiré de l’analyse de l’homme aux rats pour parler de la névrose obsessionnelle, par exemple, faisait l’impasse sur la mère pour se trouver entièrement axé sur la paternité. Lorsque vous êtes plongé dans un sujet, uniquement préoccupé par les idées importantes que vous voulez faire connaître, vous ne vous souciez pas des détails. Etant un passionné moi-même, j’ai tendance à le comprendre. Les récits de cas sont toujours approximatifs, on transpose, on modifie tel détail qui ne change pas l’abord conceptuel que l’on entend promouvoir. D’ailleurs le cas que l’on présente a été vécu à deux, il est forcément passé par le moulinet de la personnalité du psychanalyste ou du psychothérapeute.

J. Van Rillaer. – C’est un fait que Freud n’hésite pas à mettre sa pratique thérapeutique au service de sa théorie du moment. En 1896, Freud est persuadé que les troubles de ses patientes hystériques s’expliquent, «dans tous les cas et sans exception», par des abus sexuels subis dans l’enfance ou au moins par une «séduction» de la part de leur père. Mais ses patientes ne lui ont pas révélé d’elles-mêmes l’horrible secret. C’est lui, écrit-il, qui s’acharne pendant des centaines d’heures à leur arracher, «morceau par morceau», le récit des hypothétiques traumatismes. C’est ce qu’on appelle en thérapie une «suggestion» ou un «conditionnement» particulièrement lourd. On fait dire au patient ce qui est conforme à la théorie. Et puis Freud abandonne soudain sa fameuse théorie de la séduction. Il n’y a pas eu de séduction ni d’abus, dit-il, il n’y a eu que des fantasmes dus à un désir sexuel inconscient éprouvé dans l’enfance vis-à-vis du père! Et peu importe si, pour les besoins de la nouvelle théorie, les pseudo-aveux péniblement extorqués sont désormais présentés comme des récits spontanément racontés par «toutes» les malades. Ce qui compte, c’est le concept…

N. O. – Que pensent les psychanalystes de ces arrangements avec la vérité?

A. de Mijolla. – Le tournant de ce qu’on appelle la théorie de la séduction vers la théorie du fantasme est un des fruits de l’autoanalyse de Freud. Il a longtemps cru avoir trouvé dans la séduction par le père une explication imparable. Mais après la mort de son propre père, en 1896 – l’année où pour la première fois apparaît le mot «psychoanalyse» –, il s’interroge: cet homme était-il vraiment un pervers? Je trouve admirable ce revirement qui lui fait abandonner en deux mois en 1897 une hypothèse longtemps défendue et qui lui permettra de découvrir l’Œdipe, en réfléchissant sur son enfance, en interrogeant sa mère, sa nourrice, en s’inspirant de ce que lui apportent ses patients. C’est là que naît vraiment la psychanalyse, avec l’analyse des rêves qui prendra la place laissée vacante par la recherche du traumatisme. Quelle erreur de considérer la psychanalyse comme un mode de pensée clos, qui serait condamné dès lors que l’on trouverait son maillon faible! Pour ma part, je vois dans ces faits, retrouvés après coup, des portes vers des perspectives nouvelles. Freud est un découvreur – lui-même se définissait comme un conquistador – parti dans un voyage conceptuel dont il ne pouvait savoir au début ce qui se révélerait au fur et à mesure, comme Christophe Colomb parti à la recherche de l’Inde. Il a vécu une vie admirable, exemplaire par sa démarche, certes bien sinueuse, mais si elle avait été toute droite il aurait été considéré à raison comme un dangereux paranoïaque.

N. O. – Peut-on estimer aujourd’hui que la psychanalyse a fait ses preuves, qu’elle est valable et fondée?

J. Van Rillaer. – Cette question a été étudiée par les philosophes des sciences, à la suite de Karl Popper. Leur conclusion, pour simplifier, est que la psychanalyse a tendance à s’immuniser contre la preuve. Exemple: un petit garçon aime sa mère et veut tuer son père? C’est l’Œdipe. S’il est agressif à l’égard de sa mère et affectueux avec son père – c’était le cas du petit Hans –, Freud dit: l’agressivité exprime en réalité un désir incestueux inconscient vis-à-vis de la mère. Quant à l’affection, c’est une formation réactionnelle au désir de tuer son père. Toujours l’Œdipe. A tous ceux qui n’ont pas eu l’impression d’éprouver ce genre de désir, les freudiens expliquent qu’il ne faut pas prendre cette histoire à la lettre: la mère exprime quelque chose de plus large, c’est la Nature; le père, c’est la Loi… C’est comme quand on vous dit: Adam et Eve n’ont pas existé, c’est un mythe, mais il y a plus de vérité dans le mythe – on appelle cela la «vérité narrative» – que dans le fait historique. Moyennant quoi vous êtes prié de continuer à croire que nous payons les bêtises d’Adam et Eve – et que tout le monde passe par le complexe d’Œdipe. C’est irréfutable – «infalsifiable» dans les termes de Popper. Et cela pose d’autant plus de problèmes que Freud a fait de l’Œdipe le complexe nucléaire non seulement de toutes les névroses, mais aussi de la religion, des lois, de la morale, de l’art, de la civilisation…

A. de Mijolla. – A mes yeux, le problème de la preuve n’existe pas, c’est une notion primaire qu’il faut apprendre à dépasser. J’ai eu jadis l’envie de rédiger un libelle qui se serait intitulé «Contre Sainte-Preuve»! Quand j’écris un livre, que je suggère telle ou telle chose, je n’apporte ni ne demande des preuves. Je propose des exemples qui me semblent intéressants afin que le lecteur fasse son chemin. C’est ce chemin fait par le lecteur ou le patient qui peut éventuellement constituer une preuve, mais une preuve toute personnelle. La psychanalyse renvoie à l’individu et non à quelque approbation collective. L’individu est toujours seul, les théories freudiennes peuvent lui donner un bâton d’aveugle qui permet d’avancer dans la pensée, dans la recherche de sa propre histoire.

N. O. – Et si on doute de la solidité du bâton d’aveugle?

A. de Mijolla. – S’il vous paraît caoutchouteux, vous vous levez du divan et vous partez. Ça n’a pas marché pour vous. C’est tout. J’y ai trouvé personnellement des choses qui m’ont aidé à vivre, m’ont permis de me passionner pour une foule de sujets et d’avancer.

J. Van Rillaer. – Je crois que nous sommes d’accord. Je pense qu’il y a d’une part des gens comme moi qui sont préoccupés de preuves, de scientificité, d’efficacité thérapeutique. Et d’autre part des gens qui recherchent une sorte de sagesse, de philosophie, voire de spiritualité. Je n’ai rien à objecter à cela, pas plus qu’au bouddhisme ou au yoga, mais à condition que le public soit informé de l’existence de plusieurs approches. La mienne, les thérapies comportementales et cognitives, se fonde sur les enseignements modestes, partiels – mais vérifiables – de la psychologie scientifique. Contrairement à la psychanalyse, c’est une discipline qui utilise une poubelle: quand une hypothèse n’est pas vérifiée, elle va à la poubelle et laisse la place à une autre. C’est ce qui nous a permis d’apprendre à mieux soigner les anxieux, les phobiques, les patients qui souffrent de troubles obsessionnels et compulsifs, etc., en abandonnant des concepts et des pratiques qui n’ont pas fait leurs preuves. Mais attention: si mes méthodes sont rigoureuses, elles ne m’empêchent pas d’évoquer Sénèque avec un patient qui me parle de la mort.

A. de Mijolla. – Puissent tous les comportementalistes partager une telle ouverture! Je pense que la psychanalyse a souffert d’avoir occupé trop de place, d’avoir exercé une domination excessive au sein de l’intelligentsia, surtout en France dans les années 1970-80. Je me réjouis qu’elle retrouve peu à peu sa vraie dimension, qui ne peut concerner directement le plus grand nombre. Et surtout j’attends le prochain Freud, qu’il soit homme, femme ou groupe de personnes, qui saura opérer dans un futur inconnu une fusion aussi riche et brillante qu’a été celle de Freud, une nouvelle cristallisation des infinies potentialités éparses de son époque. D’ici là, la psychanalyse me semble incontournable.

(1) «Histoire de la découverte de l’inconscient», Fayard (1994).

Jacques Van Rillaer :Psychologue, professeur à l’université de Louvain-la-Neuve. Il est l’auteur de «Psychologie de la vie quotidienne» (Odile Jacob, 2003) et coauteur du «Livre noir de la psychanalyse» (Editions des Arènes, 2005).

Alain de Mijolla : Psychiatre, psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Paris, président fondateur de l’Association internationale d’Histoire de la Psychanalyse. Il a dirigé le «Dictionnaire international de la psychanalyse» (Calmann-Lévy, 2002) et publié en 2003 « Freud, fragment d’une histoire » (PUF) et en 2004 «Préhistoires de famille» (PUF).