Psychothérapeute, un titre casse-tête – Le décret en préparation est «contradictoire» avec la loi, selon Jean-Pierre Sueur, sénateur PS.

Propos recueillis par Eric Favereau pour Libération, le 20 octobre 2006

Et une de plus. Une nouvelle version du projet de décret définissant le titre de psychothérapeute vient d’être rédigée par les services du ministre de la Santé, Xavier Bertrand. Et devrait être soumise prochainement au Conseil d’Etat. Les psychologues, médecins et psychanalystes pourront utiliser de droit le titre de psychothérapeute. Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste du Loiret, fait part de son incompréhension face à la démarche du gouvernement.

La parution, enfin, de ce décret, est-elle une bonne nouvelle ?

Le parlementaire que je suis est habitué à attendre très longuement la publication des décrets. Je devrais donc me réjouir de cette volonté du ministre de le publier. Mais, dans ce cas précis, le raisonnement ne tient pas pour la simple raison que le texte de la loi est contradictoire avec ce décret.

C’est-à-dire ?

Si on laisse de côté l’interrogation de fond l’Etat voulant, semble-t-il, privilégier les psychothérapies comportementalistes , que voit-on ? Le ministère en est à la troisième mouture de décret. On a l’impression d’assister à une activité désespérée consistant à faire, de version en version, l’inventaire de toutes les contradictions de la démarche qui consiste en fait à vouloir encadrer les pratiques de psychothérapie. On est constamment tenté de demander à l’auteur de ces textes successifs : Pourquoi agit-il ainsi ? Que cherche-t-il ? Où va-t-il ?

Plus précisément ?

Des exemples : en vertu de ce décret, tout médecin, même s’il n’a fait aucune étude en psychothérapie, peut se prévaloir du titre de psychothérapeute, ce qui est contraire à l’article 52 de la loi. Même possibilité pour tout psychanalyste, dès lors qu’il est inscrit sur une liste. Au passage, il n’y a aucune définition desdites listes, et il n’y a aucun accord avec l’ensemble des sociétés de psychanalystes à ce sujet. De fait, on tourne en rond : la psychanalyse n’étant jamais définie par la loi, il n’existe pas de définition légale du titre de psychanalyste, ce qui réduit à néant toute velléité de «crédibiliser» le titre de psychothérapeute en l’adossant à celui de psychanalyste. Rien n’empêche, en plus, dans la dernière rédaction du décret, les actuels psychothérapeutes de se dénommer psychanalystes.

Et qu’en est-il de ceux qui n’ont pas de diplômes, mais qui ont une longue expérience ?

Dans le décret, les années de pratiques professionnelles des psychothérapeutes en exercice ne sont plus prises en compte pour l’attribution du titre. C’est totalement contraire, non seulement aux termes de la version précédente mais aussi aux engagements formels pris par les membres du gouvernement lors des débats parlementaires. Pourquoi ?

Bref, tout est à jeter…

Ne serait-il pas plus sage d’en finir une bonne fois avec cette machine infernale et d’engager enfin sur des bases plus claires un travail approfondi associant les représentants des ministères compétents et ceux des professions concernées ?

 


Une étiquette utilisable d’office par les psychologues, médecins et psychanalystes

Par Eric Favereau

La réglementation du titre de psychothérapeute était prévue par la loi de santé publique de 2004. Un texte qui avait soulevé, sur le moment, de violentes réactions des professionnels du secteur de la santé mentale, qui dénonçaient alors la mise en place d’une psychothérapie d’Etat. Restait le décret d’application. Selon celui ci que Libération s’est procuré , les psychologues, médecins et psychanalystes pourront utiliser de droit le titre de psychothérapeute. Les psychanalystes devront simplement fournir une attestation de leur «enregistrement régulier dans un annuaire d’association de psychanalystes» pour se voir reconnu le titre de psychothérapeute. Pour les autres qui sont ni psychologues, ni psychiatres, ni psychanalystes , le décret impose une formation minimale : cinq cents heures de théorie et cinq cents heures de pratique. Cette «formation minimale» doit comprendre une «connaissance des fonctionnements et des processus psychiques, une capacité de discernement des grandes pathologies psychiatriques et une connaissance des différentes théories se rapportant à la psychopathologie, et des principales approches utilisées en psychothérapie».