Vu du divan

Signe des temps : analysants, psychiatres, analystes en formation tiennent leur blog. Ainsi en va-t-il de Mélie qui nous prête deux fragments. (NdR)

Le divan #6 Posté le Jeudi 29 mars 2007

Je ne comprends pas ceux qui parlent de leur analyse avec bonheur, qui se hâtent vers leur séance, qui ont l’air d’y passer de bons moments. Oh bien sûr il y a quelques instants exaltants, quelques victoires présumées, de la pulsionnalité constructive qui nous fait penser que ça vaut le coup.
Mais il y a tous les blocages, les silences où on se sent bête, vide, incapable. Les choses qu’on ne peut dire, celles qui restent coincées au fond de la gorge ou pire, à la limite de la conscience, dont on sent qu’elles ne sont pas très loin et qu’il suffirait de peu. Il y a les rêves qu’on oublie alors qu’avant ils étaient si vivants au réveil. Il y a ces longs monologues discursifs où on s’écoute causer à l’infini en sachant qu’on mouline dans le vide. En attendant que “ça vienne”. Il y a cette impossibilité de lâcher prise, de lâcher le p*** de contrôle, d’oublier assez que l’analyste est un être humain qui nous écoute.
Je ne me souviens plus de mes rêves. Je ne retrouve que très peu de souvenirs. Je suis coincée dans mon présent. Alors je vais à chaque séance à reculons, espérant, je ne sais pas, qu’il ne sera pas là, qu’il ne viendra pas me tirer du fauteuil de la salle d’attente. Le bonheur de l’analyse, c’est sortir de la séance en se disant qu’on a un peu de temps de liberté avant la suivante.

Le divan #7 Posté le Samedi 5 mai 2007

Avant dernière séance, quelque chose d’exceptionnel se produit : mon analyste et moi rions ensemble. J’ai été un peu provocatrice sur ce coup là, quand je lui ai dit que s’il me faisait payer mes séances quand j’étais absente, il serait logique qu’il me les fasse également payer quand lui est absent. En effet, son argument est que les séances manquées ont lieu tout de même (psychiquement). Ca fait un bien fou de se marrer avec son analyste !

Dernière séance. Ca ne rigole plus, et il ne dit pas un mot. Par deux fois cependant il me gratifie d’un “mmh, mmh”. Ces onomatopées, maintenant je le sais, sont tellement rares qu’elles ne signifient pas “je vous écoute” ou “continuez” (comme c’est le cas pour le psy lambda en entretien classique) mais qu’elles marquent une approbation. Là, le premier mmh survint après que j’ai parlé de désir de mort envers une personne que j’imaginais faire un malaise devant moi, le second après que j’ai évoqué pour la nième fois le problème de distance-proximité (surinvestissement-désinvestissement) Ces mmh mmh ont une immense valeur quand on parle de son monde imaginaire…