L’avatar, une image pas comme les autres

Alors que les sociétés dites « primitives » considèrent que les images contiennent en réalité ce qu’elles représentent – à savoir leurs divinités -, la culture occidentale s’est construite autour de l’idée que l’image ne fait que représenter une personne ou un objet en son absence[1]. Ce problème est fondamental en Occident. Il a même constitué le fondement de ce qu’on a appelé, au IX é siècle, « la querelle des iconoclastes ».

Mais les espaces virtuels renvoient ce débat au passé. Derrière chaque avatar – ces poupées de pixels chargées de nous représenter -, un être humain est présent avec lequel il est possible d’interagir en temps réel. Ou plutôt, cet autre être humain peut être présent, mais tout aussi bien absent ! Ce n’est pas toujours facile à déterminer, car certains espaces virtuels prévoient que les avatars puissent bénéficier d’une sorte de « pilotage automatique ». Dans World of Warcraft, un programme fait accomplir mécaniquement à votre avatar des actions stéréotypées destinées à lui faire gagner quelque argent. Et même lorsqu’un avatar est bien « habité », comment savoir s’il l’est par son propriétaire habituel ou par un autre – un membre de sa famille notamment – qui le lui a emprunté pour une heure, un jour et parfois plus ? Et nous ne sommes pas au bout de nos peines, car même si le possesseur d’un avatar est bien présent derrière lui, il peut le laisser accomplir quelques actions simples tout en menant une conversation secrète, dans le jeu, avec un autre avatar. Il est alors « physiquement » présent tout en n’étant pas vraiment disponible ! Et dans tous les cas, il n’y a aucun moyen d’en avoir connaissance !

Du coup, les nouvelles technologies, recherchées pour étancher notre soif de sécurité, conduisent bien souvent à une insécurité encore plus grande : nous ne savons jamais si nos interlocuteurs nous écoutent vraiment – sans parler de savoir avec qui ils se trouvent et ce qu’ils sont en train de faire !

[1] Précisément depuis le IXè siècle, et ce qu’on appelle la querelle des iconoclastes (Voir Mondzain, M.J., La querelle des iconoclastes et Tisseron, S., Psychanalyse de l’image.