De quoi est fabriquée notre singularité ?
Le singulier est ce qui assure chacun qu’il ne saurait se confondre à son semblable ; c’est ce qui le convainc d’être radicalement différent de son voisin, qu’il est lui et pas un autre, alors même qu’il ne saurait dire de quoi est fabriqué le réel de son être.
Que penser de l’expression « faire son deuil » ?
Tiré de mon expérience professionnelle où je rencontre des veuves et orphelins de sapeurs-pompiers, je pense intéressant d’aborder le thème de la culpabilité au cours du travail de deuil. En effet, la culpabilité à se reconstruire sans le conjoint décédé, à reprendre vie, à retrouver le plaisir, reste le sentiment dominant. On entend aussi, assez souvent, l’endeuillé exprimer l’idée qu’il a tué le mort. D’où nous viennent ces idées, ces fantasmes ? Quel rapport existe-t-il entre travail de deuil et culpabilité?
Quelles sont les différentes formes cliniques de la dépression ?
La dépression constitue le trouble psychique le plus répandu : il constitue 50% des cas de consultation psychiatrique et de 20 à 30 % des consultations chez les médecins généralistes où les patients consultent pour des troubles fonctionnels divers, selon les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé. Cela s’explique par le fait qu’il existe un très large éventail de troubles dépressifs de sévérité croissante.
La psychanalyse peut-elle m’aider à me libérer ?
Souvent, face à des étudiants auxquels je présente la compréhension psychanalytique de la psyché, je rencontre toutes sortes de regards : ceux dans lesquels brille une étincelle qui m’informe que ma parole a rencontré un écho intérieur, ceux qui expriment du scepticisme, de l’incrédulité ou carrément de l’hostilité.
Le psychanalyste peut-il prévoir l’avenir d’une personne ?
Une anecdote personnelle : lorsque j’étudiais encore la psychologie à la Faculté, j’avais téléphoné par curiosité à une voyante pour savoir comment elle exerçait son métier.
Quel intérêt peut-on accorder aux rêves ?
Les psychanalystes peuvent-ils, en tant qu’analystes, dire quelque chose du politique?
Dans Vienne fin de siècle, Carl Schorske écrit : « Freud ne prête aucune attention au fait qu’Œdipe était roi. Pour lui […] la quête d’Œdipe était morale et intellectuelle : échapper à son destin et parvenir à la connaissance de soi. Il n’en allait pas de même pour les Grecs. L’Œdipe roi de Sophocle ne peut se comprendre que comme une res publica (chose publique) dont le héros royal est poussé par un impératif politique : écarter la peste de Thèbes. […] En réduisant la politique à des catégories psychologiques personnelles, Freud rétablit l’ordre, au niveau personnel, mais il ne rétablit pas l’ordre public. »
Pourquoi les psychanalystes n’arrêtent pas de citer Freud ou Lacan ?
Lorsqu’un scientifique relate une expérimentation, il ne cite plus les fondateurs de sa discipline. Lorsqu’un psychanalyste veut rendre compte de l’expérience analytique, il ne manque jamais de se référer à la découverte de Freud et, s’il est “ lacanien ”, à la façon dont Lacan la fonde. D’où la critique du scientifique à l’endroit du psychanalyste : la psychanalyse sera une science le jour où elle oubliera les noms propres de Freud et Lacan.
Le psychanalyste croit-il aux fantômes?
Freud a dit quelque part qu’il ne pensait pas que la plupart des psychanalyses aillent si loin qu’elles amènent les analys(ants)és à modifier leurs croyances ou leur incroyance religieuse.
La psychanalyse, ça marche hors occident ?
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Les victimes collatérales du JT
Les enfants de quatre ans qui regardent le journal télévisé présentent deux différences majeures par rapport à ceux qui ne le regardent pas(1) : ils ont d’abord tendance à s’imaginer beaucoup plus souvent en situation de victime, mais lorsqu’on les invite à privilégier une posture parmi plusieurs, ils plébiscitent celle de redresseur de tort. Cette étude confirme celles qui indiquent que le profil rêvé de la majorité des jeunes français est le héros humanitaire. Mais « rêver » d’être un tel héros est souvent une façon de tenter d’échapper à un présent angoissant. Et tel est bien la situation de tous les enfants qui s’imaginent victimes. Rien ne prouve pourtant que ce soit le fait de regarder les actualités télévisées qui produisent cet effet, car le fait de laisser un enfant regarder ces programmes peut être un élément parmi d’autres d’un système d’interactions familiales susceptible de générer une posture victimaire chez un enfant. Cette posture, et le fait de regarder les actualités, seraient alors deux conséquences parallèles d’un certain système éducatif.
Les chercheurs semblent malheureusement plus intéressés à étudier les conséquences des images quand elles s’exercent dans le sens des comportements antisociaux que dans le sens de la dépression ou de la soumission, et pourtant, ce danger est tout aussi grand.
Tisseron S. et collègues, étude menée en 2007 et 2008 sur trois écoles maternelles de Paris, Argenteuil et Gonesse (95). (A paraître).
Pétition contre les bébés téléphages : l’alliance continue !
« On n’avait jamais vu un tel consensus ! ». Tels sont les mots par lesquels un fonctionnaire du Ministère de la Santé m’a salué hier dans un couloir. Il voulait bien entendu parler de l’unanimité des experts consultés sur les dangers des chaînes de télévision dédiées aux bébés. Mais ce consensus ne doit pas faire illusion. Les uns et les autres ont pu avoir des raisons bien différentes de condamner la télé pour les bébés. Ceux qui rêvent de voir les écrans disparaître des maisons ont joint leurs voix à ceux qui tentent de responsabiliser les familles et les pédagogues à l’importance d’une éducation aux images et aux dangers d’une télévision « pour enfants » réduite à des dispositifs publicitaires. Bref, d’un côté, ceux du : « Stop aux écrans ! », et de l’autre ceux du : « Pour bien regarder la télé, ne commençons surtout pas trop tôt, en tous cas pas avant trois ans ! ». Mais ne nous y trompons pas. Si ceux qui ont vu dans cette pétition une occasion de dénoncer les méfaits des écrans ont rejoint ceux qui réfléchissent plus globalement sur les atteintes à la dignité humaine, c’est bien de ce second côté que se situe l’enjeu, comme l’a montré la mobilisation massive du CIEM* qui s’emploie à dénoncer les violences médiatiques sous toutes leurs formes et appelle à une éducation aux médias pour tous.
La lutte continue, disions nous dans notre dernier blog. Elle change aussi. Cette pétition a montré que les professionnels ont un poids social considérable à condition de sortir de leur cabinet pour descendre dans cette nouvelle forme d’espace public qu’est l’Internet. Ils alertent, mais n’ont pas à eux seuls le pouvoir de faire bouger : il y faut l’alliance avec les associations de parents et d’usagers. Seule celle ci peut en effet faire contre poids aux groupes de pression économico-médiatiques dont nous oublions facilement le pouvoir aussitôt que nous cessons de nous opposer à eux… de telle façon que nous nous sentons libres pour autant que nous renonçons à faire usage de notre liberté. La lutte continue ? Il serait plus juste de dire : « L’alliance continue », entre professionnels, usagers et parents qui désirent apprendre, ensemble, à voir autrement… et pas seulement les écrans !
* Le « Collectif Inter associatif Enfance et Média », créé en 2001, regroupe les associations nationales familiales d’éducation populaire, de parents d’élèves, de syndicats d’enseignants, et des chercheurs sur les médias et l’enfance.
« Elle s’appelle Sabine »
C’est une banalité de dire que la télévision donne à la plupart des sujets qu’elle traite une tournure émotionnelle. Mais c’est toujours intéressant de voir de quelle façon et avec quelles conséquences.
Ainsi, le documentaire Elle s’appelle Sabine, diffusé sur FR3 la semaine dernière, avait tout pour intéresser. Réalisé par Sandrine Bonnaire sur sa sœur handicapée mentale, il associait le problème très actuel de l’autisme, le désarroi des proches et la question de la pertinence des structures de soin. Avant même la diffusion du documentaire, la presse avait reformulé les choses : une jeune fille décérébrée par les psys, une sœur people, le tout sur fond d’angoisse ancestrale – le médecin rend-il fou ceux qu’il prétend soigner ?
Pourtant, le film est assez nuancé : il y est dit que l’état de Sabine s’aggrave après la mort de son frère, et que c’est la famille entière, épuisée, qui demande l’hospitalisation. Malheureusement, Mireille Dumas choisit de rediffuser juste avant le débat le moment le plus bouleversant du film: la Sabine d’aujourd’hui, mal dans son corps et qui peine à s’exprimer, en train de regarder les images de la Sabine d’hier, belle jeune fille en voyage à New York avec sa sœur. Effet assuré : comment ne pas être bouleversé, et comment résister à l’idée que ces cinq années d’hospitalisation ont été cinq années de décervelage ? Du coup, les vraies questions du débat deviennent invisibles : comment prendre en charge ces souffrances en dehors de la famille dès leur apparition ? Et avec quelles équipes gérer l’hospitalisation de ces malades qui ont un psychisme arrêté à l’enfance dans un corps d’adulte ? Faut il des services pour adultes – à cause de leur âge réel – ou des services pour enfants dans lesquels les équipes sont mieux formées à ces pathologies et aux symptômes par lesquels elles s’expriment ?
Les média n’aiment pas laisser une question en suspend. « Des réponses, toujours des réponses, rien que des réponses » semble leur devise. C’est pourquoi ils utilisent autant le levier émotionnel. Parce que les émotions nous incitent à penser dans un seul sens. Pas forcément faux, mais dans un seul sens. Du coup, elles nous privent de notre ambivalence et du travail intérieur que nous sommes obligés d’accomplir pour la résoudre. Bien sûr, même sans télévision, nous sommes tentés de prendre ce chemin. Mais elle savonne sacrément la pente !
Les effets de la cure psychanalytique sont-ils évaluables ?
Thése P.18

La psychanalyse permet-elle de réaliser ses désirs ?
Félicitations à tous les signataires de la pétition contre la télé pour les bébés !
Vous doutez de l’efficacité des pétitions ? Alors, ceci va vous faire changer d’avis : celle que j’ai lancée le 18 octobre pour alerter sur les dangers de la télé pour les bébés n’a pas seulement reçu le soutien de près de 30 000 usagers et de pratiquement la quasi totalité des associations de professionnels de la petite enfance, elle a aussi permis d’alerter le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et le Ministère de la Santé français. Les distributeurs sont maintenant obligés de porter à la connaissance de leurs abonnés le message d’avertissement suivant : « Ceci est un message du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et du Ministère de la Santé : regarder la télévision peut freiner le développement des enfants de moins de trois ans, même lorsqu’il s’agit de chaînes qui s’adressent spécifiquement à eux ». De la même manière, tous les supports de communication hors écran (tels que journaux des abonnés, Internet, etc.) doivent comporter cet avertissement : « Regarder la télévision, y compris les chaînes présentées comme spécifiquement conçues pour les enfants de moins de trois ans, peut entraîner chez ces derniers des troubles du développement tels que passivité, retard de langage, agitation, troubles du sommeil, troubles de la concentration et dépendance aux écrans. »
Mais comment cette pétition a-t-elle pu aboutir à ce résultat… finalement assez inespéré ? C’est que nous avons pris le problème suffisamment tôt pour éviter qu’un lobby se constitue autour de la télé pour les bébés. Il n’existait à cette époque en France que deux chaînes qui leur étaient dédiées (Baby TV et Baby First) et elles émettaient du territoire anglais. Quelques mois de plus sans réagir et il est probable que les chaînes de télévision pour enfants basées en France auraient lancé leurs propres programmes destinés aux tout-petits. Car c’est un gigantesque et très lucratif marché de produits dérivés qui est ouvert par ce type d’écran… Du coup, nous n’aurions plus eu affaire seulement à deux chaînes émettant d’Angleterre, mais à un puissant lobby installé sur le sol français !
Il nous faut maintenant porter le problème au niveau de l’Europe pour que d’autres pays soient incités à mettre en place la même mise en garde. La lutte continue…
Thése P.5

Quelle différence y a-t-il entre analyse et analyse didactique?
Question : Une analyse didactique telle que je l’imagine, à savoir une analyse qui ne serait pas dictée par la souffrance et qui proviendrait de quelqu’un ayant des connaissances théoriques relativement importantes, peut-elle se dérouler de façon comparable?
Penser le travail, une urgence politique [Vidéo]
Sonya Faure et Thomas Lacoste | Mouvements | 14 mars 2007
Que se cache-t-il derrière le retour en force de la valeur travail dans les discours des candidats à la présidentielle ? Les réponses de Christophe Dejours, psychanalyste, dépassent le cadre des présidentielles 2007 et touchent tant à la construction de l’identité des individus qu’à la bonne marche de la cité.