C’est quoi au juste le transfert?
La psychanalyse, un « procédé médical » ?
« La psychanalyse est un procédé médical qui vise à la guérison de certaines
formes de nervosité (névroses) au moyen d’une technique psychologique »
Freud 1913 : Das Interesse an der Psychoanalyse, Scientia, 14 : 240-250 et
369-384. Trad Fr OCF PUF Tome XII, p 95-125 (p 99).
La psychanalyse marche-t-elle hors occident ?
Les peuples « traditionnels », dont le Maroc où j’écris ces lignes, disposaient d’un système explicatif des troubles et souffrances psychiques et d’une batterie de « traitements » en rapport avec la manière ancestrale de comprendre les perturbations mentales et affectives. La folie était recyclée dans la société traditionnelle grâce à ces systèmes de soins adéquats à une période historique aujourd’hui révolue : devins, voyantes, exorcistes sont les tradithérapeutes ou tradipraticiens. Tombeaux de saints et marabouts sont les lieux où certains personnages défunts sont considérés comme ayant le don de guérir et spécifiquement le trouble psychique, par exemple, Bouya Omar, au sud du Maroc, non loin de Marrakech.
La psychanalyse est-elle compatible avec les traitements Méthadone ?
En quoi la formation universitaire à la psychologie ne peut elle se réclamer d’une formation psychanalytique et de la technique du transfert ?
Pour répondre à la question ci-dessus, tentons de définir les trois items.
1. La formation universitaire à la psychologie comporte durant les premières années des enseignements obligatoires en neurophysiologie, en statistiques, en anglais, en psychologie sociale, du développement, clinique, pathologique, cognitive et en législation de l’internement psychiatrique, ainsi que des stages en institutions. Certains enseignements, optionnels, sont à choisir parmi des listes. Par exemple, les techniques projectives (Rorchach, TAT), le conditionnement et l’apprentissage, etc.. Le tout est évalué et noté par les enseignants.
Pourquoi la psychanalyse est dite laïque ? par Monique Liart et Karel Lambers
À quoi sert une psychanalyse quand on hérite de familles massacrées et de pays disparus ?
On pourrait répondre : « à rien »,
si on pense qu’après une analyse on ressent moins cette douleur déchirante de voir les derniers survivants nous quitter, emportant avec eux aussi bien les souvenirs de leur enfance passée dans un ailleurs qu’on ne connaîtra jamais, que les événements insoutenables qu’ils ont traversés et qui nous laissent à jamais privilégiés et coupables d’en avoir été épargnés ;
A quelle école appartient mon psychanalyste?
Bien que cette question ne me soit pas souvent posée, j’ai pensé intéressant de la traiter de par les enjeux qu’elle soulève. Elle peut être évoquée dès le premier contact téléphonique ou lors du premier entretien. Parfois elle survient chemin faisant alors que l’analyse progresse.
Mais il est vrai que le plus souvent elle ne préoccupe pas le patient : j’y reviendrai.
Quel intérêt peut-on accorder aux rêves ?
Mon psychanalyste veut-il mon bien ?
J’ai rencontré la question sous des formulations diverses au cours de séances de psychanalyses. Avec pertinence. Les analysants ont bien des motifs de se poser cette question. Au mot bien est attaché des connotations différentes : le bien-être, l’argent, l’amour, … L’analyste me veut-il quelque chose, que me veut-il, veut-il mon argent, veut-il mon amour, me veut-il sexuellement, veut-il mon bien-être et pourquoi alors ? Entre autres. Ces questions concernent le désir et la jouissance de l’autre.
Petite étude monographique : « Pervert », un tableau de Cyrus Pahlavi
Lorsque la psychanalyse se prend d’un intérêt pour une œuvre d’art, la première question qui vient logiquement à l’esprit concerne la légitimité de cette démarche, et probablement son audace, laquelle consiste à prendre pour cible ou pour objet un élément d’un domaine qui lui est a priori totalement étranger. Point d’impérialisme analytique. Toute production artistique procède, nolens volens, d’une opération où intervient la dimension psychique, souvent inconsciente, de l’auteur. Le père de la psychanalyse entretenait, on le sait, une préférence pour la sculpture qu’il assimilait à l’introspection psychanalytique à travers le per via di levare, le fait d’ôter le trop plein de la matière brute pour faire apparaître le corps du sujet et le laisser advenir dans son authenticité. La peinture correspondait davantage, selon lui, au per via di porre qui ajoute au lieu de retrancher et décrit un mode d’intervention suggestive dans la relation thérapeutique.
Un mythe : la psychanalyse française
Deuil et psychanalyse
Cette année 2006 voit la commémoration de l’anniversaire de la naissance de Freud. Pourtant, je n’ai pas souvenir que nous ayons fêté les 50 ans de la disparition du père fondateur de la psychanalyse. La France a cette époque replongeait dans les périodes de sa grande Révolution. Dans la même période, le monde voyait en direct le Mur de Berlin s’effondrer ! Mes fonctions en tant que responsable d‘une cellule psychologique pour les veuves et orphelins de sapeurs-pompiers m’ont amené à observer que l’on célèbre plus facilement la naissance d’un grand homme que sa mort. Inversement, c’est plus souvent la mort d’une grande femme que sa naissance qui est commémorée. Aussi, je pense intéressant de nous arrêter quelques instants sur certains aspects du travail de deuil mis en place pour un Père disparu.
Penser la violence hypermoderne ?
Il est très courant, dans les pays démocratiques occidentaux, d’être alarmé par l’augmentation des comportements violents et le sentiment que l’insécurité est grandissante. Pourtant, il n’est pas certain qu’on a ainsi une vision correcte de la complexité des phénomènes de violence dans les univers démocratiques. Ainsi, certains chiffres donnent à réfléchir : en France comme en Belgique, il y a presque dix suicides réussis pour un meurtre.
Sans illusions
Contexte: Ce texte a été écrit alors que Beyrouth était bombardé depuis plusieurs jours (Nde)
et de nous permettre d’éprouver à leur place des sentiments de satisfaction.
Sigmund Freud
Cette guerre qui se déroule en Palestine et au Liban se distingue par l’innommable déchaînement de violence, par le nombre considérable de victimes et de déplacés, le déluge de bombes, le volume des destructions, le cynisme coupable des puissances mondiales ayant le pouvoir d’y mettre un terme mais qui utilisent des euphémismes insultants pour notre intelligence dans le but de permettre la poursuite de cette folie meurtrière.
Un livre, un divan et un débat
L’ivre noir, réflexions d’un clinicien
Paru dans Le Monde, le 4 mai 2006
Ah ! quelle joie, quelle jubilation de lire Le Livre noir de la psychanalyse (Les Arènes), puis quelques mois plus tard Pourquoi tant de haine (Navarin) et L’Anti-livre noir de la psychanalyse (Seuil) ! Enfin le combat a lieu, enfin ils s’affrontent – à ma grande satisfaction, pour mon grand bonheur. Quel plaisir d’assister à un conflit idéologique, de peser les arguments de chacun, y compris ceux d’une mauvaise foi exemplaire ! Ils se haïssent, se détestent, s’invectivent, se méprisent mais à tout le moins ils se répondent ! Les différences conceptuelles, philosophiques, épistémologiques, voire politiques, éclosent comme des bourgeons de printemps. Ils livrent bataille en place publique. Grand Dieu que c’est bon !
Le Saint-Prépuce
Jusqu’en 1970, l’Eglise romaine fêtait le 1er janvier la circoncision du Christ. Un changement de calendrier tout sauf innocent
Rêver avec Freud | Lydia Marinelli et Andreas Mayer
Quand des psychanalystes jouent à « Little Brother »
Une mode se répand dans les médias et l’édition. Elle consiste à tenter de deviner les pensées secrètes de nos dirigeants politiques. Disons-le tout net, cette mode est exécrable. Quelle différence y a-t-il en effet entre le rêve des scientifiques qui travaillent à mettre au point des machines permettant d’entrer dans les pensées secrètes des suspects, et cette mode désastreuse qui prétend deviner le fonctionnement mental de tel ou tel ? Dans les deux cas, c’est un fantasme, et un fantasme particulièrement malsain.
Il ne s’agit pas d’une condamnation de principe. A l’époque de Freud, cela pouvait passer pour une fantaisie amusante – à laquelle Freud, ni ses proches élèves, ne se sont d’ailleurs jamais livrés sur leurs contemporains. Mais la culture a changé. Dans les années 1980, on a pu craindre l’avènement d’un contrôle généralisé de chacun par un pouvoir centralisé. Mais ce risque est peu probable dans nos sociétés démocratiques. En revanche, un autre, que j’ai dénoncé dès 2001[1], est de plus en plus menaçant. Il s’agit de la mise en place d’une surveillance de particulier à particulier : des enfants par leurs parents, des jeunes par les directeurs d’établissements scolaires, des conjoints supposés infidèles par leur mari ou leur femme, des employés par leur patron et des consommateurs par des sociétés de publicités ciblées. Il y a plus de danger, aujourd’hui, dans cette tendance générale à prétendre surveiller et analyser que dans la mise en place d’un totalitarisme centralisé, genre « Big Brother ».
Disons le alors clairement : le désir de s’immiscer dans les pensées secrètes d’un inconnu à partir de ce qu’il montre relève toujours d’une logique intrusive et d’un désir d’emprise qui est aux antipodes de l’esprit de la psychanalyse. C’est bien entendu la même chose lorsque la personne observée est un créateur. C’est pourquoi les vrais psychanalystes ne s’intéressent pas aux créateurs, mais à leur œuvre, ce qui est bien différent.
[1] L’intimité surexposée, Paris, Ramsay, 2001 (Prix du livre France Télévision 2002, rééd. Hachette Littérature 2002).
Vu du divan
Signe des temps : analysants, psychiatres, analystes en formation tiennent leur blog. Ainsi en va-t-il de Mélie qui nous prête deux fragments. (NdR)
Le psychodrame, un drame ?
Psychodrame au Parlement ou à Beyrouth, titrent les journaux… Contrairement, à ce que véhiculent les médias, le psychodrame est une méthode psychothérapeutique qui n’a rien de dramatique. Tout commence même par une histoire d’enfants :
Lettre ouverte [Collectif issu des Cartels Constituants…]
S’agissant de psychanalyse, la liberté d’association est la règle, l’ouverture de l’attention est l’enjeu. De cela, il n’y a pas d’administration possible. Car l’expérience en question, à l’égal d’une oeuvre de l’esprit, d’une invention ou d’une fiction, n’a pas pour régime l’autorisation préalable, s’écarte de l’ordre prescriptif, exclut la mise sous tutelle ou sous surveillance sociale. Plus encore, et c’est une leçon de l’histoire, elle a pour condition le droit au secret vis-à-vis des tiers et elle est détournée de sa finalité lorsqu’elle est gérée comme un bien ou traitée en termes collectivisables.
[B] Manifeste pour la Psychiatrie par le Collectif POPP
A propos des décapitations
[ Propos recueillis par Sara Daniel pour L'Obs | 02/02/2015 ] Quelle réflexion vous inspire la barbarie de la méthode employée par les terroristes de « l’Organisation de l’Etat islamique » pour exécuter leurs ennemis : la décapitation ? Les barbares de Daech ne...
Il faut choisir : se reposer ou être libre
La réglementation des pratiques thérapeutiques concerne au plus intime le citoyen, ou, comme aime à le nommer les rapports ministériels : l’usager… C’est une place que j’ai tenue pendant dix ans, en faisant une psychanalyse.
Le formatage affinitaire
Ce n’est un secret pour personne que la rédaction de nombreux journaux – papiers ou audiovisuels – choisissent leurs sujets en fonction des attentes des usagers. La « une » doit retenir l’attention du plus grand nombre possible de personnes, et elle le fait d’autant mieux qu’elle correspond aux attentes d’une majorité de consommateurs. L’omniprésence de la vie privée du Chef de l’Etat français dans les médias s’expliquerait ainsi, paraît-il, par une forte attente de la majorité du public. On peut bien sûr s’interroger sur le problème de savoir si le rôle de l’information est bien de proposer ce qu’une majorité de gens attendent. Mais la question va plus loin : en éveillant la curiosité du public par des titres accrocheurs – et souvent mensonger – et en le tenant en haleine sur des faits très secondaires, ces médias entretiennent évidemment la tendance qu’ils prétendent suivre, voire la suscite chez des personnes qui, sans cela, n’auraient pas songé à s’en préoccuper. Cette propension des médias à alimenter la restriction des intérêts de chacun est malheureusement sur le point de trouver un allié de choix dans ce qu’on appelle l’Internet et le mobile « affinitaires ». Bientôt, les ordinateurs embarqués dans nos machines quotidiennes apprendront à repérer les sujets qui nous intéressent… afin de nous les proposer en priorité. Le risque est évidemment que ceux qui n’aiment que les concours canins et les matchs de foot finissent par croire que le monde s’y réduit… tout au moins jusqu’à ce qu’un événement d’une gravité extrême ne leur rappelle que la réalité ne se laisse pas oublier si facilement !
Mon psychanalyste veut-il mon bien ?
J’ai rencontré la question sous des formulations diverses au cours de séances de psychanalyses. Avec pertinence. Les analysants ont bien des motifs de se poser cette question. Au mot bien est attaché des connotations différentes : le bien-être, l’argent, l’amour, … L’analyste me veut-il quelque chose, que me veut-il, veut-il mon argent, veut-il mon amour, me veut-il sexuellement, veut-il mon bien-être et pourquoi alors ? Entre autres. Ces questions concernent le désir et la jouissance de l’autre.